lundi 26 mai 2008

LA PREMIER ET LE DERNIER HOMME Chez Fancis FUKUYAMA

Alain Claude MANI BIHINA
Charles Dieudonné MBOUDOU
Daniel ABADA ZENGUE


Sous la direction de
l'Abbé Claude LAH
Docteur en Philosophie
Année Académique 2007-2008

Introduction
Etudier d’un point de vue anthroplogico-philosophique les questions relatives à la vie de l’homme en société, c’est essayer d’esquisser les grandes lignes des comportements de l’homme vis-à-vis de ses semblables, au cours des âges et dans les principales cultures. Toutefois dans le présent travail, nous voudrions non pas aborder la question dans un domaine macrocosmique, c’est-à-dire universel, mais nous limiter à ce que nous propose Francis Fukuyama dans son ouvrage la fin de l’histoire et le dernier homme. Aussi, notre étude sera essentiellement consacrée à l’homme dans son milieu et ses relations avec les autres êtres humains. Mais il est difficile voire impossible de donner une définition satisfaisante qui rendrait compte de la totalité de ce concept. Car si on considère la définition du Larousse classique qui dit que l’homme « est un être doué d’intelligence et d’un langage articulé. Rangé parmi les mammifères de l’ordre des primates et caractérisé par son cerveau volumineux, sa station verticale, ses mains préhensibles » ; aussitôt après, on nous rétorquerait qu’il fait aussi l’objet des passions égoïstes.
Cependant, même si l’homme est un mystère ou encore ‘une histoire sacrée’ comme le dit si bien Jean Vanier, il convient de reconnaître qu’en science, on s’accorde désormais sur la thèse évolutionniste de Darwin par rapport à ce qui concerne son origine. Or l’existence de l’homme comme celle de tout autre être vivant a un commencement, une croissance ou évolution et une fin. Si telle est la base de notre réflexion, nous ne nous leurrons pas en évoquant l’évolution qui est au centre même de la vie humaine comme une pièce maîtresse de sa destinée. Seulement, l’histoire de l’humanité démontre que malgré les progrès et ce à tous les niveaux de la vie politique, social, économique et religieux), l’existence de l’homme dans le monde reste angoissante. En effet, « l’homme universel [se trouve] écartelé entre sa finitude et son désir d’absolu, entre sa liberté et son pouvoir créateur, et qui cherche à combler cette faille en lui-même »1. C’est donc conscient de cette angoisse que l’homme va s’établir au fil du temps des modes de gouvernement et d’organisation sociale capables de satisfaire les besoins de chacun et de tous. Mais notre étude portera sur la conception de la démocratie libérale américaine inspirée des thèses politiques de Hobbes et de Locke.
Notre travail sera subdivisé en trois chapitres. Le premier, sur le ‘premier homme’ se voudra une tentative d’éclaircissement du concept et de ses caractéristiques. Nous y évoquerons tour à tour les philosophes (Hobbes, Locke et Hegel) en ressortissant les similitudes et les divergences de leurs pensées. Dans le deuxième chapitre, portant sur la démocratie libérale, chapitre où nous traiterons à proprement parler de ses origines, de la ‘fin de l’histoire’ et de ses implication sur l’histoire humaine. Dans le troisième chapitre enfin, nous aborderons le concept de ‘dernier homme’ en exposant d’une part ses fondements et le paradoxe qu’il soulève, et d’autre part le dernier homme et la fin de l’humanité.

Chapitre I - ‘Le premier homme’ : débat Hobbes, Locke et Hegel
Avant tout discours sur ‘le premier homme’ de Francis Fukuyama, il nous semble convenable de lever toute équivoque. Car ‘le premier homme’ dont il est question ici n’est ni Adam premier homme sur la terre selon la thèse créationniste ni le premier homme issu de l’évolution cellulaire de Darwin, ni même encore le premier homme générique dont le déchiffrement génétique fait désormais la grande innovation de la biotechnologie. En effet ‘le premier homme’ dont il est question dans ce travail, c’est l’« animal politique » selon la définition aristotélicienne de l’homme. Il s’agit de l’homme qui est capable de sortir de son ‘état de nature’ où règne la violence, la brutalité et l’insécurité pour choisir librement d’entrer en relation avec ses semblables en vue d’une vie plus heureuse de chacun et de tous. Pour ce faire, Fukuyama met côte à côte les thèses politiques de T. Hobbes et de J. Locke, base même des fondements scientifiques et rationnels de la démocratie américaine, avec la thèse hégélienne de la « relation du maître et de l’esclave ». Aussi est-il nécessaire pour nous de présenter de façon non moins exhaustive les trois protagonistes que l’auteur met en scène avant d’élucider les similitudes et d’établir les divergences.
1- Présentation des auteurs
a- Thomas Hobbes (1588-1679)
Il appartient à la génération de René Descartes mais le rayonnement tardif de son œuvre et sa longévité laissent croire qu’il lui est postérieur. Aussi la pensée politique et morale du philosophe anglais consignée dans son ouvrage principal le Léviathan peut se résumer en deux grandes idées : « en premier lieu sa caractérisation de l’état de nature comme solitaire, pauvre, désagréable, brutal, mesquin et en second lieu sa célèbre doctrine de la souveraineté absolue de la monarchie »2. En effet en tant que mécaniste, Hobbes veut donner un véritable statut scientifique à la politique et à la morale. Sans pourtant être un démocrate au sens contemporain du terme, sa thèse sur la légitimité du gouvernement ayant pour origine les droits des gouvernés, plutôt que le droit divin des rois ou de la supériorité naturelle du gouvernant fait de lui un libéral au sens propre du terme. Pour Fukuyama, la philosophie de Hobbes « est la source d’où jaillit le libéralisme moderne »3.
b- John Locke (1632-1704)
Philosophe anglais, il est surtout connu comme le grand critique de Descartes. Successeur de Hobbes, comme personnage majeur de la philosophie anglaise du XVIIè siècle, l’auteur de l’Essai sur l’entendement humain4 a développé une philosophie éthique et politique. Aussi La pensée politique de Locke est souvent perçue comme dépassement de celle de son compatriote Hobbes. En effet, « Locke soutient que la souveraineté ne réside pas dans l’Etat [c’est-à-dire le monarque] mais dans le peuple et que l’Etat n’est suprême qu’à condition d’être tenu par le droit civil et le droit ‘naturel’ »5. La théorie politique de Locke est plus libérale que celle de Hobbes, car il innove avec la reconnaissance du droit à la révolution contre toute tyrannie. Il convient de préciser ici que la pensée de l’auteur se veut empirique et sa « conception de la propriété privée ressemble beaucoup plus à l’esprit de capitalisme »6.
c- Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831)
Il représente l’une des grandes figures de la philosophie allemande. Tant son œuvre est immense de sorte que Claude Bruaire l’appelle affectivement l’« Aristote des pensées contemporaines »7. Il fut très influencé par les penseurs grecs, B. Spinoza, J. J. Rousseau et E. Kant. S’il était en désaccord permanent avec ces philosophes, leur influence n’est pas moins manifeste dans ses écrits. L’ambition philosophique de Hegel est d’élaborer un système philosophique qui embrasserait les idées de ses prédécesseurs tout en livrant le cadre conceptuel nécessaire à une compréhension philosophique du passé et de l’avenir. Par ailleurs, le philosophe idéaliste conçoit la lutte des contraires comme le mouvement dialectique de l’histoire. Aussi, pour lui, l’objet de la philosophie est la totalité de la réalité. Il fut le premier à parler de la fin de l’histoire. En effet, « Hegel et Marx croyaient que l’évolution des sociétés humaines n’était pas infinie, mais s’achèverait le jour où l’humanité aurait mis au point une forme de société qui satisferait ses besoins les plus profonds et les plus fondamentaux. [...] Pour Hegel, c’était l’Etat libéral, pour Marx, la société communiste »8.
2- Les points de similitudes
Les similitudes entre l’état de nature de Hobbes et la bataille sanglante de Hegel sont frappantes et méritent d’être éclaircies.
a- La violence
Hobbes et Hegel sont unanimes sur ce point. En effet, pour l’un et l’autre, la réalité sociale première n’est ni l’amour ni la concorde, mais « une guerre de chaque homme contre chaque homme ». A cet effet, Fukuyama précise que « bien que Hobbes n’utilise pas l’expression de ‘la lutte de la reconnaissance’, les enjeux de cette guerre originelle de tous contre tous sont les mêmes pour Hegel »9. Toutefois, cet état de nature n’est qu’une hypothèse car il peut n’avoir jamais existé dans l’histoire de l’humanité mais est partout latent lorsque la société civile s’effondre. Ce climat de violence ne peut engendrer qu’une guerre civile tant les liens entre les différents citoyens sont corrompus et animés de passions. C’est pourquoi, « tout comme la bataille sanglante de Hegel, l’état de nature de Hobbes est sensé illuminer la condition humaine lorsqu’il naît de l’interaction des passions humaines les plus permanentes et les plus fondamentales10 ».
b - Les causes du conflit originel
Les deux auteurs s’accordent sur trois principales causes : la première, la rivalité, il parait que c’est le moteur de l’histoire. En effet, pour s’affirmer l’homme doit triompher non seulement du cosmos environnant mais aussi de ses semblables. La seconde est la méfiance. La vie sociale est caractérisée par un manque de confiance entre les hommes. On les voit le plus souvent s’observer comme des chiens de faïence attendant que l’autre fasse le premier pas ou qu’il se découvre. La troisième, la gloire fait que les hommes s’affrontent pour des futilités comme un mot mal placé ou un sourire donné ou refusé. Aussi les deux premières causes peuvent sembler légitimes parce que vitales, Hobbes constate que les hommes se battent plus souvent pour des futilités, en d’autres termes pour la reconnaissance par autrui. C’est pourquoi pour Hegel comme pour Hobbes, la nature du premier homme peut se résumer ainsi : « la passion qui conduit avant toute autre les hommes à s’affronter n’est pas la convoitise pour des possessions matérielles, mais bien la satisfaction de l’orgueil et de la vanité de quelques ambitieux. Le « désir d’un désir » selon Hegel n’est en effet rien d’autre que cette passion humaine que nous appelons généralement ‘fierté’ ou ‘respect de soi-même’ (lorsque nous l’approuvons), et ‘vanité’, ‘forfanterie’ ou ‘amour propre’ (lorsque nous ne l’approuvons pas) »11.
c - L’instinct de conservation de soi
Pour les deux penseurs, « l’instinct de conservation de soi est la passion la plus forte et la plus partagée des passions naturelles »12. En effet, c’est elle qui pousse le plus puissamment les hommes vers la paix lorsqu’il y a conflit. Aussi pour Hegel comme pour Hobbes, l’homme dans l’état de nature est écartelé d’une part entre son orgueil ou son désir d’être reconnu qui le pousse à risquer sa vie dans une bataille de pur prestige et d’autre part la peur d’une mort violente qui le pousse à se soumettre et à accepter une vie de servitude en échange de la paix et de la sécurité.
Cependant si Hobbes semble admettre avec Hegel que la bataille sanglante conduit historiquement à la relation du ‘maître et de l’esclave’, lorsque l’un des combattants se soumet à l’autre par crainte de sa vie, Hobbes se démarque par ailleurs de cette conception hégélienne et la qualifie de despotisme, condition qui maintient l’homme à ‘l’état de nature’.
3- Les points de divergences
a- Le poids moral
F. Fukuyama précise en effet que « la différence fondamentale entre la tradition anglo-saxonne du libéralisme et la conception hégélienne réside dans le poids moral relatif assigné d’une part aux passions de fierté ou de vanité [...], d’autre part à la peur de la mort violente »13. Si pour Hegel le fait de risquer sa vie pour une bataille de pur prestige est moralement digne d’éloge, il faut aussi reconnaître que Hobbes n’y voit aucune valeur dans cet acte ignoble et inhumain. Car pour lui,
« En effet, c’est précisément ce désir d’être reconnu, cet empressement à combattre pour des ‘futilités’ comme une médaille ou un drapeau, qui est la source de toute violence et de toute misère dans l’état de nature. Pour lui [Hobbes], la passion humaine la plus puissante est la peur de la mort violente, et l’impératif moral le plus puissant – la « loi de la nature » - est la préservation par l’individu de sa propre intégrité physique. L’instinct de conservation est le fait moral fondamental : tous les concepts de justice et de droit sont fondés, pour Hobbes, sur la poursuite rationnelle de la conservation de soi, alors que l’injustice et l’erreur conduisent à la violence, à la guerre et à la mort »14.
Contrairement à cette thèse de Hobbes, Hegel considère en l’acceptation du risque de mort dans une bataille de prestige comme « ce qui fait l’homme humain, le fondement même de la liberté humaine »15. Comme dit une maxime populaire « qui ne risque rien n’a rien ».
b- La finalité
Pour notre auteur, c’est la peur de la mort qui conduit Hobbes à la notion de l’Etat libéral. L’état de nature étant caractérisé par le ‘struggle for life’ où il n’y ni lois positives ni même un gouvernement capable de régler les aspirations égoïstes de chaque citoyen. C’est pourquoi, conscients de ce danger et du risque d’anarchie que les hommes s’accordent pour déléguer leur droit à un souverain suprême qui en serait le dépositaire au nom de toute la société. D’où alors le contrat social car c’est le seul qui est capable de préserver la vie de chacun et de tous. Aussi la seule source de légitimité d’un Etat réside dans sa capacité de protéger et de préserver ces droits que les individus possèdent en tant qu’êtres humains. Par ailleurs, « la paix et la protection du droit à la vie ne sont pourtant pas sans frais. Le contrat social de Hobbes a pour fondement un accord en vertu duquel, en échange de la préservation de leur existence physique, les hommes doivent renoncer à leur orgueil et à leur vanité injustes »16. Toutefois, cette conservation de soi est un élément commun aux hommes et aux animaux que l’on pense ‘inférieur’. En définitive, « contrairement à Hegel, Hobbes pense que le désir d’être reconnu et le noble mépris de la vie ‘simple’ ne constituent pas le commencement de la liberté de l’homme, mais l’origine de sa misère »17.
Aussi, s’il est évident que pour Hobbes, le contrat social est source de sécurité et de paix pour chacun et toute la société, et que tous les hommes le recherchent instinctivement, pour Hegel, c’est le désir d’être reconnu c’est-à-dire la lutte des contraires qui est le moteur même de l’histoire. Dès lors on constate que la thèse Hégélienne et la théorie politique de Hobbes sont diamétralement opposées dans leur finalité.
c- Le dépassement de J. Locke
Sans faire abstraction de la théorie monarchique de son prédécesseur, Locke pense que celle-ci est insuffisante car ne pouvant pas satisfaire entièrement les aspirations des hommes. En effet, il y a risque que le souverain lui-même se transforme en despote et dictateur. C’est pourquoi il conçoit une souveraineté parlementaire ou législative fondée sur le pouvoir de la majorité et justifie la révolution contre toute tentative de tyrannie. « Selon Locke, le droit naturel de conservation de soi formulé par Hobbes impliquait un droit à la révolte contre tout tyran qui utiliserait injustement ses pouvoirs contre les intérêts de son peuple. C’est à ce droit que fait référence le premier paragraphe de la déclaration d’indépendance [des Etats-Unis d’Amérique], qui parle de la nécessité éventuelle pour ‘un peuple de dissoudre les liens politiques qui l’ont attaché à quelqu’un’ »18. Par ailleurs Locke pense qu’au droit de protection d’une existence physique brute doit être conjurée une existence confortable et potentiellement aisée. Car, pour lui le rôle de la société civile n’est pas seulement de préserver la paix sociale, mais aussi de protéger les biens des citoyens.
Toutefois, si le premier homme de Hobbes aspire de toutes ses forces à la paix et à la sécurité de sa vie, le premier homme de Hegel ne désire pas des possessions matérielles, mais bien la reconnaissance par les autres de sa liberté et de son humanité se montrant ainsi insensible aux biens du monde (la propriété privée et sa propre vie), le premier homme selon Locke « entre dans la société civile non pas simplement pour protéger les possessions matérielles qu’il a dans l’état de nature, mais pour ouvrir la possibilité d’en obtenir davantage et sans limite »19. Aussi, pour Fukuyama, le constat est là et les faits sont évidents que « la fondation de l’Amérique a été profondément sinon totalement imprégnée des idées de J. Locke »20. C’est pourquoi Thomas Jefferson et les pères fondateurs de l’Amérique reconnaissaient le droit des hommes à la vie, à la liberté et à la recherche du bonheur et croyaient que le premier objectif du gouvernement était de défendre ces droits naturels antérieurs à tout établissement de l’autorité politique.
Aussi, les thèses de Hobbes, Locke et des pères fondateurs des Etats-Unis perçoivent en la bataille de prestige de Hegel quelque chose de pervers et de dangereux. Ces derniers privilégiant non seulement la conservation de soi mais aussi et surtout la propriété privée au sein d’un Etat libéral. Ce qui pose immédiatement le double problème du manque de tout esprit public et de la précarité morale. Or pour Hegel, celui qui risque sa vie pour une bataille de pur prestige où il n’est question d’aucun intérêt mesquin ou de satisfaction d’un besoin physique n’est que l’exemple de l’impulsion humaine à transcender un besoin purement naturel et physique. En définitive, « Hegel conçoit l’homme comme un agent moral dont la dignité spécifique est liée à sa libération intérieure de toute détermination physique ou naturelle. C’est cette dimension morale, et la lutte pour la voir reconnue, qui constituent le moteur du développement dialectique de l’histoire »21.

Chapitre II- La démocratie libérale
1- Les origines de la démocratie libérale
Bien avant l’avènement de la démocratie libérale, régnaient en maîtres beaucoup d’autres formes de gouvernements comme la théocratie, la monarchie héréditaire, l’aristocratie, l’oligarchie, les dictatures militaires et le communisme qui n’ont fait que comprimer les individus dans une sorte de carcan, limitant voire même bafouant les libertés et les droits de ces derniers. Le slogan « l’Etat est tout, l’individu n’est rien » du fascisme hitlérien ne peut que nous donner un idée de l’ambiance qui régnait à ces périodes successives de l’histoire de l’humanité. Aussi, les idéologies communistes qu’on pensait à un moment palier à ces difficultés du vivre ensemble, sont elles-mêmes tombées dans ce cortège de limitations des libertés individuelles et des droits de l’homme.
Mais puisque les hommes aspirent instinctivement à la liberté, ils ne se sont pas résignés à la situation qui prévalait à cette époque. Le premier plus grand mouvement de lutte pour la liberté fut la Déclaration d’indépendance des Etats-Unis le 4 juillet 1776. Et l’autre mouvement similaire est la Révolution française de 1789-1799 et ses corollaires en Europe. De ces deux évènements est né le libéralisme qui a produit beaucoup de dérivées dont l’une, la démocratie libérale est au centre de notre préoccupation.
La démocratie22 libérale, fruit du libéralisme23, apparue en Europe après la Révolution française et en Amérique à la suite de l’indépendance des Etats-Unis, a été délibérément créée par des êtres humains en un moment précis de l’histoire sur la base d’une certaine conception théorique de l’homme et des institutions politiques appropriées qui doivent le gouverner. Tout en revendiquant comme fondements les principes scientifiques rationnels, elle tient ses origines théoriques de la tradition libérale anglaise de T. Hobbes et J. Locke, des écrits Pères de l’indépendance américaine, et enfin de K. Marx. Et ce n’est qu’au lendemain de la chute des idéologies rivales comme la monarchie héréditaire, le fascisme, le communisme et l’effondrement des gouvernements forts que la démocratie libérale a effectivement vu le jour. Notons ici qu’elle est caractérisée par le développement de la liberté, de l’égalité ainsi que de l’ouverture du marché libre. C’est ce qui a fait dire à F. Fukuyama à la suite de Hegel et de Kojève que « l’histoire a atteint son terme ».
2- ‘La fin de l’histoire’
Lorsque F. Fukuyama évoque l’hypothèse que « l’histoire ait atteint son terme, il n’est nullement question de l’histoire comme succession des évènements, mais de l’histoire, c’est à dire un processus simple et cohérent d’évolution qui prend en compte l’expérience de tous les peuples en même temps »24. La chute du communisme, principale alternative à la démocratie libérale au XXè siècle, le recul des Etats totalitaires en Europe, la victoire de la démocratie sur les dictatures militaires en Amérique latine et la conversion de la Chine à l’économie du marché suggéraient que les principes de liberté et d’égalité sur lesquels la démocratie libérale est fondée ne sont pas le fait du hasard ou le résultat des préjugés ethnocentriques, mais sont vraiment la révélation de la nature de l’homme en tant que homme, dont la véracité ne diminue pas mais augmente au fur et à mesure que le cosmopolisme du point de vu grandit.
En effet, avant notre auteur, « Hegel et Marx croyaient déjà que l’évolution des sociétés humaines n’était pas infinie, mais s’achèverait le jour où l’humanité aurait mis au point une forme de société qui satisferait ses besoins les plus profonds et les plus fondamentaux »25 comme les principes de liberté et d’égalité. Ce qui aboutirait à une fin de l’histoire. Or la fin de l’histoire repose sur l’idée que le désir de reconnaissance constitue l’aspiration humaine la plus fondamentale. Et comme le désir de reconnaissance ne peut être entièrement satisfait que dans la démocratie libérale, et que celle-ci a triomphé des dictatures militaires, du communisme et du fascisme, Fukuyama, à la suite de Hegel Marx et de Kojève, a proclamé la fin de l’histoire.
3- Triomphe ou échec de la démocratie libérale ?
Selon F. Fukuyama, et ses prédécesseurs (Hegel, Marx et Kojève), nous pouvons célébrer le triomphe de la démocratie libérale. Car en elle, comme le pensait déjà Hegel les principes de liberté et d’égalité fruits de la Révolution française26 qui sous-tendent l’Etat libéral moderne avaient été découverts et réalisés dans les pays les plus avancés, aussi, il n’y avait pas de principes ou de formes d’organisation politique et sociale supérieurs à ceux du libéralisme. La démocratie libérale était donc la seul d’organisation politique et sociale libre de contradictions internes inhérentes à tous les modèles connus jusque là.
Cependant, faut-il croire que la démocratie libérale est exempte de tout problème interne ? A première vue on est tenté de répondre par l’affirmative car elle prône effectivement les principes de liberté et d’égalité recherchés de nos jours tant par tous les individus que par toutes les nations.
Mais, après une enquête critique et sérieuse, l’on est en droit de dire qu’il existe aussi de graves problèmes internes au sein des démocraties libérales comme le chômage, la pollution, la drogue, la criminalité, l’individualisme et la perte de la dignité humaine pour ne citer que ceux-là. Chose curieuse, ces problèmes sont issus en grande partie des principes même de liberté et d’égalité fondement de la démocratie libérale. Au nom des libertés, on se réfugie sous les principes des droits de l’homme pour pratiquer : l’avortement, l’homosexualité, la criminalité les manipulations génétiques et pire encore, la guerre même est justifiée ; ainsi que tout ce qui va à l’encontre de la dignité humaine.
Et au nom de l’égalité, la différence fondamentale entre les hommes et les autres composants du cosmos est bafouée, les êtres humains et les autres êtres vivants ayant désormais les mêmes droits. Ce qui crée un chaos total.
Au vu de ces graves problèmes, au lieu d’élever l’homme et le monde, les démocraties libérales les ont plutôt conduit à l’instabilité de sorte que s’il n’y a pas de nos jours une prise de conscience ou une intervention divine immédiate, le monde et les hommes courreraient à leur perdition.
Si donc ce qui a permis à la démocratie libérale de triompher des autres idéologies politiques pendant de longues années, est aujourd’hui sa source de faiblesse, nous pouvons que nous sommes à la phase descendante de la démocratie libérale et que la vie n’est pas toujours satisfaisante au sein de celle-ci. Par conséquent, l’histoire, au lieu de tendre à la fin comme le prétendaient Hegel et Kojève, est appelée à continuer comme semble le dire F. Fukuyama lorsqu’il déclare que « si les contradictions existent dans les démocraties libérales, il faut en conclure que cette même histoire, au sens le plus profond du terme est appelée à continuer »27.
Compte tenu du fait que chaque idéologie politique développe un type d’homme approprié, on est en droit de se poser la question de savoir ce qu’est réellement l’homme de la démocratie libérale encore appelé « dernier homme » qui baigne dans les principes de liberté et d’égalité.

CHAPITRE III : LE DERNIER HOMME
Nous ne saurions commencer ce chapitre sans pouvoir nous accorder sur ce que nous entendrons par la suite comme ‘le dernier homme’. D’après le dictionnaire Larousse classique, le terme dernier requiert plusieurs significations : Dans un premier temps, il relève de ce qui vient après tous les autres dans les temps ceci selon le rang et le mérite. Dans un deuxième temps, ce terme nous renverrait à ce qui est extrême, à ce qui est le plus récent. Toujours du même dictionnaire, l’homme du latin homo est un être doué d’intelligence et d’un langage articulé. Rangé parmi les mammifères de l’ordre des primates et caractérisé par son cerveau volumineux, sa station verticale, ses mains préhensibles. Des trois approches, il en ressort que le ‘dernier homme’ est cet être doué d’intelligence et d’un langage articulé qui viendrait après tous les autres hommes et qui serait probablement l’homme actuel. Quels sont ses fondements ? Quelle idée Francis Fukuyama et d’autres philosophes ont de lui ? Ce dernier homme serait-il celui de la fin de l’histoire ? Telles s’articulent les questions auxquelles nous essayeront en trois parties, de trouver une réponse satisfaisante.
1-LES FONDEMENTS DU ‘DERNIER HOMME’
A la question de savoir si ‘le dernier homme’ a des fondements, plus d’une personne répondraient plus ou moins par l’affirmative : soit que l’expression fondement suggère une certaine idée de genèse, soit qu’elle suppose une certaine base, ce que nous entendons considérer. Parmi les bases qui ont engendrées ‘le dernier homme’, il y’a des bases lointaines et des bases proches. Comme principale base lointaine, nous avons le désir inhérent de reconnaissance. En effet, quoique étant désir et raison comme l’affirmait Platon dans la République, l’homme ne s’est pas contenté au cours de l’histoire et ceci à maints égards, de vivre ses limites. C’était des flux et des reflux, des alternances de civilisation et de barbarie, des fondements et des écroulements d’empires et des Etats autoritaires consacrés à l’économie de marché. Il a réclamé le désir de vivre dans des gouvernements démocratiques qui non seulement le traiterait en adulte et non en enfant mais aussi prendrait en compte son autonomie d’individu libre, capable de s’autodéterminer. Ainsi, au cours de l’histoire, l’homme a été de plus en plus enclin à acquérir son autodétermination. Il est même aller jusqu’à la révolution : par exemple la révolution française de1789 à 1799 qui a marqué un tournant décisif dans cet élan de liberté en abolissant la Monarchie et en établissant la République. Ajouté à cet autodétermination, les prodigieux résultats de la science et de la technologie. Comme principale base proche, nous avons la science et la technologie en particulier les impacts de leurs résultats dans la vie courante des individus. En effet, après la longue éclipse qui suivit ses débuts de l’âge grec et hellénistique, la science qui renaît au moyen âge, surtout à partir du XIVe siècle commence à donner à l’homme l’illusion de trouver réponse à toutes ses préoccupations existentielles. A partir du XIXe siècle, elle atteint son apogée et conduit l’homme non plus à s’autodéterminer mais à devenir ce que Bacon entrevoyait et que Descartes avait déclaré : « l’homme maître et possesseur de la nature »28. Il n’était plus question pour lui de goûter quelque ivresse spéculative mais de les matérialiser et d’en faire une propriété personnelle c’est-à-dire d’en devenir le principal moteur. Il a donc non seulement donné une fin à son désir de reconnaissance mais il a atteint le degré de liberté tant ex compté. Ainsi, il peut se contenter de ce qu’il possède. C’est un homme totalement satisfait d’où cet affirmation de Alexandre Kojève, grand commentateur de Hegel : « l’histoire s’est terminée parce que la démocratie libérale a définitivement résolu la question de la reconnaissance en remplaçant la relation du maître et de l’esclave par la reconnaissance universelle et égale. Ce que l’homme a recherché durant le cours de l’histoire et qui a déterminé les précédentes étapes de l’histoire, était la reconnaissance ; dans le monde moderne, il a fini par la trouver et a été totalement satisfait ».29 En effet, l’affirmation de Kojève selon laquelle l’humanité aurait déjà atteint en substance la fin de l’histoire sur l’idée que le désir de reconnaissance constitue l’aspiration humaine la plus fondamentale nous laisse croire que pour lui, la lutte pour la reconnaissance a dirigé l’histoire depuis la première bataille sanglante, en plus que cette histoire est terminée parce que l’Etat universel et homogène incarnant la reconnaissance réciproque satisfait pleinement cette aspiration. Cette réflexion qui précède nous laisse encore bien loin de l’idée complète du ‘dernier homme’ qui pourrait se dégager de notre travail d’autant plus que nous pouvons retenir ceci pour essentiel que ‘le dernier homme’ est cet individu totalement satisfait par ses deux principaux fondements qui sont entre autres : le désir de reconnaissance et les résultats de la science et de la technologie. Toutefois, alors que certains auteurs en occurrence Fukuyama semblent affirmer que ‘le dernier homme’ atteint son épanouissement, d’autres notamment Frédéric Nietzsche pensent le contraire et le démontre à partir des failles de la démocratie libérale, faisant ainsi naître un paradoxe.
2- LE PARADOXE DU « DERNIER HOMME »
Le paradoxe dans notre discours sur la conception du ‘dernier homme’ vient du fait d’une crise philosophique plus profonde qui traite de deux possibilités de compréhension rationnelle de l’homme de la démocratie libérale. En effet, la philosophie politique classique prétendait que la dignité propre de l’homme le situait quelque part entre les bêtes et les dieux ; la nature de l’homme était partiellement animale, mais cet animal était doué de raison, donc d’une vertu spécifiquement humaine qu’il ne partageait avec aucune autre espèce vivante. Pour Kant comme pour Hegel, et pour la tradition chrétienne à partir de laquelle ils avaient édifié leurs systèmes, la distinction entre humain et non humain était absolument cruciale. Les êtres humains avaient une dignité supérieure à tout dans la nature, puisque eux seuls étaient libres ; ils étaient des causes sans cause, non déterminées par l’instinct naturel et capables de choix moral autonome. De nos jours, cette vision est tiraillée entre deux directions opposées : d’un côté, une série d’affirmation qui ne tient pas en compte le ‘dernier homme’ entend que l’« homme pour l’homme » mais prône la réalisation des individus sociaux et de l’autre, une universalisation intégrale où se perd la distinction entre humain et non humain donc une harmonie entre humain. En ce qui concerne la réalisation des individus sociaux, il apparaît que tout le monde parle de dignité humaine, mais on ne s’accorde nullement sur ce qui fonde cette dignité chez l’homme. Peu de gens pensent que l’homme est digne parce qu’il est capable de choix moral, d’autres estiment que la dignité de l’homme viendrait dans son caractère à s’accomplir personnellement ceci même au dépend de la société. C’est dans ce sens que les penseurs comme Nietzsche estiment que l’homme moderne, pour nous ‘le dernier homme’, ne peut voir en la démocratie libérale qu’une continuité du « limon vivant » c’est-à-dire une poursuite de la vie animale dont il est issu car l’homme libre et autonome n’est rationnellement capable de suivre que les lois qu’il s’est fixé et donc se trouvera réduit à un mythe auto gratifiant. De même, le fait que des inégalités sociales majeures soient destinées à persister même dans les plus parfaites des sociétés libérales signifie que la tension continuera entre les principes jumeaux de la liberté et d’égalité qui sont à la base de ses sociétés. Cette tension dira Tocqueville est « nécessaire et inamovible »30 En ce qui concerne, la considération du ‘dernier homme’ entend que l’ « homme pour l’homme » c’est-à-dire une universalisation intégrale de l’homme avec perte de distinctions entre humain mais aussi entre humain et non humain, il apparaît que certes la dignité supérieure de l’homme lui donne un titre à conquérir la nature c’est-à-dire à la manipulation et à l’appropriation de celle-ci pour ses propres fins rendus possibles par la science physique, mais l’homme doit ceci grâce à la démocratie libérale prendre en compte tous les paramètres et de sa nature et de son environnement. Ainsi, s’il a atteint un niveau satisfaisant de vie, il doit s’arrêter de s’investir dans le développement plus au contraire, il doit être ce que Fourier appelle « gérant du globe ». L’impasse intellectuelle dans laquelle le relativisme de la conception du ‘dernier homme’ nous a conduit, nous laisse croire que la parfaite compréhension de ce terme si cher à Francis Fukuyama n’est possible qu’en relation avec la fin de l’histoire, point central de sa philosophie de l’histoire. Cependant, nous nous poserons la question de savoir si le ‘dernier homme’ en relation avec la fin de l’histoire est aussi la fin de l’humanité et qu’en plus elle est particulièrement liée à un genre d’homme, l’africain en est-il concerné ?
3- LE ‘DERNIER HOMME’ ET LA FIN DE L’HUMANITE
En plus de tous ce que nous avons précédemment dit, une question nous vient à l’esprit celle de savoir, si cette liberté tant prônée par la démocratie libérale, de qui serait-elle la libération ? De l’humanité ? Pour une pensée comme celle de Marx qui refuse tout au-delà du temps, toute participation du temps à un éternel donc l’idée que l’humanité peut avoir une fin n’est peut-être pas un mythe. En effet pour Marx, l’homme a un caractère essentiellement historique, c’est-à-dire que l’homme réel « n’est pas autre chose que l’homme donné à un moment de l’histoire », ainsi rien en lui ne déborde ni ne transcende ce moment. « L’histoire tout entière, dit-il encore, n’est qu’une transformation continue de la nature humaine »31 , cette assertion doit être prise au sens le plus fort. « Rien n’existe, commente Engels32, que le processus ininterrompu du devenir et du transitoire.» Rien nulle part ne se totalise. La dialectique marxiste « n’avance que sur des morts 33». Comment donc se réaliserait enfin l’essence d’un être qui n’a point d’essence, qui n’est qu’un nom commun pour désigner la suite des générations et la multiplicité des individus ? Pas plus que l’essence de l’homme, l’espèce humaine n’existe vraiment : qu’est-ce l’avenir humain ? Avons-nous encore le droit de nous interroger sur l’avenir de l’humanité ?
Si nous pouvons espérer que la libération des hommes à venir soit réalisable, il nous faut pour cela croire à une nature humaine totalement transformer et humanisée sur notre planète et cela en relation avec la nature. Cependant, croire à la fin de l’humanité, c’est dire qu’un jour, plus ou moins éloigné, les forces cosmiques auront raison sur notre fragile plante humaine et ainsi, nous aurons à nous immoler, non pas seulement dans nos biens et nos avantages, mais jusque dans nos consciences. Non pas dans à quelque chose qui nous dépasse, mais à quelque chose qui nous est extérieur et qui de surcroît peut être nous-mêmes. Ces avantages que l’on attribut au ‘ dernier homme’ pourront aussi avec le temps s’avérer comme ses désavantages. Par exemple, la pression des faits de tout ordre, le développement des techniques, les réalisations des nécessités de l’économie planifiée avec les légitimes espoirs qui en résultent, peuvent contribuer pour une part au péril car à travers eux, l’homme aura atteint le plein illusion de sa liberté. Toutefois, notons que le péril serait moins grave si on trouverait avec moins de peine les formules capables de sauver, pour la meilleur part de l’homme, un « secteur libre » à côté du « secteur dirigé » disons mieux de promouvoir une liberté plus haute, un essor de personnalité par le moyen même d’une organisation plus rationnelle des ressources du globe et de la vie sociale.34 Il n’est pas besoin d’être un attardé, ni de bouder l’effort actuel de notre espèce, ni de fermer les yeux sur les trop réels soubassements des libéralismes formels pour comprendre que loin d’envisager une fin de l’humanité, le ‘dernier homme’, cet homme des libertés serait entrain d’entrevoir l’essors même de l’humanité. Il n’en vient à l’esprit toutes les entreprises mises sur pieds pour redonner à l’humanité et au globe terrestre son image originelle. Néanmoins, quoique les impacts de cette fin de l’humanité ne soient que perceptible dans les continents autres mers, peut-on dire que l’Afrique en est épargné ?
4- L’AFRIQUE ET LA FIN DE L’HUMANITE.
C’est un grand débat que celui qui s’ouvre sur l’humanité. Il a pour origine les conséquences de ce que l’on a commencé dans la postmodernité à évoquer sous les termes du ‘dernier homme’ dont nous ne connaissons les toutes premières origines qu’à partir de la fécondation in vitro au clonage de la brebis Dolly. Au grand défi écologique du 21e siècle exprimé par la question « qu’allons-nous faire de notre planète » s’ajoute une autre plus radicale encore et de nature anthropologique : « qu’allons-nous faire de notre espèce ? » Sur ce terrain, diverses thèses s’affrontent notamment celles qui soutiennent que le vieil homme doit disparaître et céder la place au nouveau et celles qui soutiennent le contraire. Mais devant le fait indéniable que la planète est secouée par trois grandes mutations (mutation économique avec la mondialisation, mutation de l’information avec l’Internet, mutation biotechnologique avec le clonage) sources et catalyseur de l’idée d’une fin de l’humanité, nous nous posons la question de savoir si notre cher continent en est épargné, ceci compte tenu de certaines affirmations notamment celle du professeur Hubert Mono Ndzana qui estimait que l’Afrique n’est pas concerné par ce « fléau » lors de la conférence du 15 Novembre 2007 du professeur Dominique Folscheid au centre culturel français dans le cadre des premières rencontres philosophiques internationales francophones de Yaoundé.
La mise à part de l’Afrique dans le grand concert planétaire reste une conviction largement partagée car dans un continent où systèmes sociaux, valeurs spirituelles, formes esthétiques connaissent d’incessants bouleversements à cause des interminables conflits politiques, il serait rassurant de réfléchir sur des points fixes auxquels se référer dans un tel relativisme ambiant. Certes, il est difficile de discuter sur le fait que les autres éléments de la culture qui sont entre autres, les formes d’organisation politique, la structure familiale, les mythes fondateurs, les us et les coutumes, les religions et les spiritualités, les arts et les lettres ne soient pas imprégnés de la vision occidentale du monde, mais il reste vrai que l’Afrique présente d’autres préoccupations objectives et vérifiables. C’est le cas des famines et de la sècheresse dans les pays du Sahara, c’est le cas des épidémies, des pandémies et des maladies telles que le paludisme et la fièvre typhoïde qui sévissent dans les pays équatoriales, c’est le cas de la pauvreté, de la corruption qui mettent à genoux les économies de plusieurs pays de notre continent. Cependant, malgré la véracité de ces préoccupations, il paraît qu’elles le sont ou bien l’ont été dans d’autres contrées de la terre. Ainsi, en interrogeant la notion de mise à part de l’Afrique en ce qui concerne la fin de l’humanité, il nous paraît illégitime de mettre sur table ces préoccupations si probantes soient-elles mais de voir si les impacts de la biotechnologie, l’un des résultants des idéologies de la démocratie libérale, sont perceptibles en Afrique en général et au Cameroun en particulier. En effet, il se produit actuellement un saut quanti qualitatif qui permet à des personnes souffrant de maladies graves de mieux contrôler leur pathologie dans plusieurs centres spécialisés dans notre continent. De même, nous avons encore des avancées considérables sur le domaine médical dans le sens de la procréation médicalement assistée. Par exemple, dans diverses contrées de nos pays, nous avons l’émergence des centres de planning familial, des centres de recherches dans le sens des éradications des épidémies et des malformations et défaillances infantiles (l’hôpital génico-obstétrique de Ngousso à Yaoundé au Cameroun. En plus un leucémique ayant besoin d’une greffe de moelle osseuse peut se cloner à partir d’un ovocyte dont le matériel aurait été troqué contre son propre matériel génétique. Dans le cadre de la lutte contre le paludisme, le projet des moustiques génétiquement modifiés capables de détruire le parasite malarien a été mis au point et lancé au Mali. Parmi, les autres implications des biotechnologies, nous avons des recherches en agricultures entreprises dans beaucoup de pays en Afrique. Au Cameroun, nous avons par exemple le centre international de recherches agricoles pour le développement (I.R.A.D.). Toutefois, notons aussi que les implications des connaissances biotechnologies ne sont pas toujours favorables. Comme exemple, nous pouvons citer les différents trafiques d’organes humains dont la conséquence médiate est le crime perpétré sur des innocents dans le but de les dépouiller de leur contenu organique qui sera par la suite destiné à la vente. En plus du trafique des organes, nous pouvons en plus énumérer la naissance de nouvelles maladies issues des manipulations en laboratoire des agents virales.
Au terme de cette partie qui consistait pour nous de montrer la conception du ‘dernier homme’ selon Francis Fukuyama à partir de ses fondements, du paradoxe dont il est à l’origine dans le monde philosophique, nous pouvons retenir que c’est le désir de reconnaissance et les résultats de la science et de la technologie qui sont à son origine et que le paradoxe dont il est la cause, a pour hypothèse de recherche la liberté car pour certains penseurs, le ‘dernier homme’ est un être accompli dans sa liberté issue des idéaux de la démocratie libérale et pour d’autres, c’est un être qui va plutôt à sa déchéance puisque ayant perdus le sens même de ce qui fait de lui un homme à savoir la lutte pour le prestige, il ne reste plus qu’un « homme sans courage ». Néanmoins, au-delà du paradoxe, une autre divergence à savoir celle de savoir si le ‘dernier homme’ supposait la fin de l’humanité, nous a conduit à voir dans quel sens parler du ‘dernier homme’ serait faire allusion à la fin de l’humanité. Et il nous est apparu que ceci n’est nullement faire allusion à la fin de l’humanité car « rien, nulle part, ne se totalise mais se transforme continuellement » Aussi pour terminer nous avons voulu faire un lien entre le « dernier homme », la fin de l’humanité, la biotechnologie et l’impact sur l’Afrique. Il en ressort que bien que l’Afrique ait d’autres préoccupations, il n’en demeure pas moins vrai qu’elle est en plein pied dans les idéaux de la démocratie libérale.

CONCLUSION
Nous nous sommes fixés l’objectif d’étudier les concepts du ‘premier homme’ et du ‘dernier homme’ que nous avons rencontrés dans l’œuvre du philosophe américain Francis Fukuyama intitulé « La fin de l’histoire et le dernier homme ». Pour cela, nous avons voulu dans un premier temps présenter le concept de ‘premier homme’ en partant d’une part de son approche définitionnelle et d’autres part des similitudes et des divergences dont il fait l’objet notamment dans l’approche philosophique de Hobbes, Locke et Hegel. Nous y avons trouvé réellement des valeureuses informations particulièrement que le ‘premier homme’ est cet homme épris du désir de reconnaissance. Dans un deuxième temps, nous avons voulu étudier la démocratie libérale en partant de ses origines, de sa relation avec la ‘fin de l’histoire’ et surtout nous avons voulu de part ses considérations, voir s’il était question du triomphe ou de l’échec de cette dernière et il nous est paru assez clairement que l’une des principales origines de la démocratie libérale est la révolution française et que sa relation avec la ‘fin de l’histoire’ serait perçue dans le sens d’un consensus international sur ses idéaux. S’agissant de son triomphe ou de son échec, il est paru qu’au vu des nombreux problèmes dont font face les pays dits démocratiques, celle-ci loin d’être un triomphe de l’humanité, est plutôt un échec, un éternel recommencement. Devant l’ambiguïté de l’homme qui aspire à l’épanouissement et de la démocratie libérale qui semble être en majeur partie un échec, il s’est donc posé le problème du ‘dernier homme’: qui est-il ? Est-il l’image de la fin de l’humanité ? Si oui, devant l’implication des idéaux de la démocratie libérale notamment les biotechnologies, peut-on dire que l’Afrique est mise à part ? Par cette triade interrogative, il nous est paru que le ‘dernier homme’ dont la conception fait l’objet d’un paradoxe au sein de la pensée philosophique, n’est nullement pas ce prélude de la fin de l’humanité mais la fin de la mission originelle de l’homme à savoir gérer la nature. En ce qui concerne l’Afrique, il s’est avéré que quoiqu’elle soit empreinte à d’autres préoccupations, elle ne demeure pas moins concernée car le monde est de part et d’autres secoué par trois mutations à savoir : la mutation économique avec la mondialisation, la mutation de l’informatique avec l’Internet, la mutation de la génétique avec le clonage. En définitive, nous pouvons au terme de toutes les réflexions précédentes affirmer que Francis Fukuyama est une figure de proue ceci pour deux raisons : il a remis à jour la considération philosophique de l’histoire et par cela redorant son blason à la philosophie de l’histoire jadis contestée puis il a permis à l’humanité de poser un regard interrogateur sur l’ensemble des événements qui marque notre siècle.

Bibliographie
Ouvrage principal
F. Fukuyama, La fin de l’histoire et le dernier homme, Paris, Flammarion, 1992,
Ouvrages secondaires
J. Leclercq, le jour de l’homme, Paris, Seuil, 1980, 157 p.
J. Maritain, Humanisme intégral, Paris, Seuil, 296 p.
Landsberg, Marx et le problème de l’homme, dans la vie intellectuelle, 10 sept 1937.
Lénine, Marx, Engels, Marxisme, traduction française, p.102.
Marx, Misère de la philosophie, Paris, Seuil, 438 p.
P. Teilhard de Chardin, La formation de la Noosphère. Revue des questions scientifiques, 20 janvier 1947.
René Descartes, Discours de la méthode (1637), Paris, Flammarion, 1992, 280 p.
Usuels
Encyclopedia universalis, paris, 1989, pp.253-258.
Larousse Classique, 1999.
Microsoft® Encarta® 2006 [DVD], Microsoft corporation, 2005.

LA PLACE DE L'HOMME DANS LA NATURE

Œuvre du Père Pierre TEILHARD DE CHARDIN

PAR Marie-cyrille,
Armand
Francis
INTRODUCTION
Dans une perspective anthropocentriste, il est facile de constater aujourd’hui la position primordiale qu’occupe l’homme dans le cosmos. Il est sujet des dires et écritures, il et objet d’études à la plupart des sciences ; à la limite nous dirons même qu’il est objet de convoitise dans les milieux économique et médicinal. Si bien que, l’étude de l’homme se réduirait simplement à la compréhension de l’univers et vice- versa. C’est sous cet aspect que le Père Pierre Teilhard de Chardin dans son ouvrage, (de 160 pages), intitulé la place de l’homme dans la nature se propose d’étudier la structure et les directions évolutives du groupe zoologique humain. En réalité, à mesure que la science évolue, ce débat sur la place qu’occupe l’homme dans l’univers gagne de l’ampleur et devient plus fascinant à nos yeux au point où nous sommes en droit de nous demander si l’homme est réellement supérieur aux autres êtres ; plus simplement peut-on dire qu’il transcende la réalité des autres formes de vie ? Si oui, qu’est ce qui le différencie des autres espèces, y a-t-il eu discontinuité ou continuité entre la lignée humaine et les autres lignées. La réponse à toute cette série d’interrogations nous mènera à une étude structurée de l’œuvre du Père Pierre Teilhard de Chardin, Dans laquelle nous puiserons quelques éléments de réponse mais avant toute activité, il convient, puisque l’homme est une partie de la vie, de voir ce qu’avait été la vie avant l’homme et surtout comment cette dernière est apparue.

CHAPITRE I – LA VIE AVANT L’HOMME
L’homme d’après le Père Teilhard, est la partie la plus caractéristique, la plus polaire, et même la plus vivante de la vie. Il serait donc incongru voire impossible d’étudier l’homme sans fixer préalablement la place de la vie dans l’univers. Sous l’éclairage de l’anthropogenèse «étude de l’origine de l’homme et du développement de l’homme et de l’espèce humaine », nous essaierons de trouver ce que représente la vie dans la structure générale du cosmos. Pour ceci, il importe de prendre en considération les informations que nous livre l’inspection de l’homme lui-même. c’est l’une des raisons pour lesquelles nous disions à l’introduction qu’on ne pouvait arriver à la compréhension de l’univers que par l’étude de l’homme et vice-versa.
I - Place et signification de la vie dans le Cosmos
I.1 – La vitalisation
La vie pour certains est une combinaison fortuite d’éléments matériels, pour d’autres encore, elle est un accident de la vie, un fait du hasard. Teilhard de Chardin manifestant son désaccord face à l’une et l’autre de ces théories va parler de la vie comme résultant de la forme que prend la matière à un certain niveau de complexité ; en fait, l’univers, en voie d’enroulement, considéré dans ses zones pré réfléchies progresse pas à pas, à coup de milliards et de milliards d’essais et à partir d’une certaine complexité ; la matière se vitalise et il y a alors émergence des qualités nouvelles. Arrêtons-nous un moment pour voir ce que c’est la complexité au sens teilhardien du terme.
Teilhard de Chardin considère la complexité non comme une simple agrégation, encore moins comme une simple répétition géométrique indéfinie d’unité mais la considère plutôt comme combinaison, c’est à dire, cette forme particulière et supérieure de groupement dont le propre est de relier sur soi un certain nombre fixe d’éléments en un ensemble clos de rayons déterminés, tels c’est le cas avec l’atome, la molécule, la cellule, le métazoaire. Si l’auteur rejette l’idée de complexité comme simple agrégation ou de cristallisation, c’est parce que dans ces cas là, l’arrangement par nature est constamment inachevé extérieurement, il y a par conséquent, possibilité éventuelle d’un nouvel apport par le dehors. Ce qui n’est pas le cas ici où la complexité est prise par l’auteur comme combinaison, il naît plutôt un type de groupe structurellement achevé sur soi à chaque instant et organiquement limité dans ses contours par rapport à soi : c’est le corpuscule. Au demeurant, il y a genèse des atomes ou formation des protéines parce que la matière grâce à son pouvoir d’inventions des formes nouvelles, et en vertu des propriétés qui lui sont inhérentes s’organise en dehors de toute intervention d’une conscience individuelle.
I.2 – L’importance de la notion de lignée
Très rapidement, la vie manifeste une de ses dispositions, c’est à dire se ramifier en avançant. C’est ce procédé de tâtonnement combiné avec le double mécanisme de reproduction et d’hérédité qui donne naissance à l’extraordinaire assemblage de lignées vivantes formant ce que Pierre Teilhard a appelé l’arbre de vie.
De prime abord, cet éventail de la vie donne l’impression d’une profusion où l’on ne peut retrouver un ordre naturel, pourtant c’est sur l’un de ses multiples rameaux que va apparaître l’homme, c’est dans ce sens que nous devons reconnaître l’homme comme étant le produit de la vie, il ne représente originellement que l’une entre autre des innombrables nervures formant l’éventail à la fois anatomique et psychique de la vie
Teilhard attache une importance notoire à cette notion de lignée car dit il, c’est la véritable unité élémentaire de la biosphère. Il nous conduit ainsi à étendre notre travail à l’étude de la formation de la biosphère mais beaucoup plus de la ségrégation des anthropoïdes.
II – Organisation de la biosphère et distinction des anthropoïdes
II.1 – Caractère originel de la biosphère
Si on considère notre monde comme quelque chose qui s’arrange, alors la vie ne peut plus être regardée dans l’univers comme un accident superficiel, mais nous devons plutôt la considérer comme en pression partout dans l’univers, c’est à dire prête à sourdre n’importe où dans le cosmos par la moindre fissure. C’est dans ce milieu cosmique activement convergent qu’il faut se placer si l’on veut faire apparaître et expliquer de manière cohérente la place de l’homme dans la nature et la valeur qu’il y représente. Voilà pourquoi il est important de lever un pan de voile sur l’aspect natif de la biosphère.
La biosphère, contrairement à ce que pense certains scientifiques, n’est pas la zone périphérique du globe où se trouve confinée la vie, mais elle est plutôt la pellicule même de la substance organique dont nous apparaît aujourd’hui enveloppée la terre, c’est un dispositif où transparaît la liaison qui rattache entre elles au sein d’un même dynamisme cosmique : biologie, physique et astronomie. Nous voulons à la suite de notre travail ressortir les grandes lignes structurelles de la biosphère telles que démêlées méticuleusement par une cohorte de zoologistes et botanistes au terme de deux siècles de travail.
II.2 – L’Arbre de la vie (schéma)
Signalons tout d’abord qu’il n’a pas été facile pour nous d’effectuer une étude sur l’arbre de vie en ceci que dans la réalité de la nature, les ramifications indiquées n’ont jamais cessé de former à chaque instant, biologiquement et spatiale ment un Tout étroitement enroulé sur lui-même. Par ailleurs, l’arbre tel qu’il nous est présenté, suit un arrangement morphologique qui correspond exactement à leur ordre chronologique d’apparition dans le monde, il peut donc être distinctement regardé comme exprimant la diversité des formes vivant dans le présent ou l’histoire de leur apparition dans le passé. C’est sur cette dernière que nous nous attarderons pour montrer la séparation des anthropoïdes des autres formes de vie.
II.2.1 – les monocellulaires
C’est le monde des monocellulaires qui exprime tangiblement les origines et la nature corpusculaire de la vie. La vie quand elle émerge de la matière est encore ruisselante d’un état moléculaire qu’elle ne fait qu’entretenir par le jeu prodigieux de son pouvoir de multiplication. Les monocellulaires actuels ne nous renseignent pas exactement sur ce qu’aura été leur faune au début de leur apparition. Tels que nous les voyons aujourd’hui, leur assemblage se présente comme un groupe ancien et différencié, on se dit même qu’à une certaine époque proche de leurs origines, ils ont connu un clivage qui a séparé les proto-plantes des proto-animaux et peut-être des autotropes (être capable d’assimiler directement le minéral sans intervention du rayonnement solaire). Et, c’est donc à partir de ce clivage que nous pouvons parler d’un monde multicellulaire.
II.2.2 – Les multicellulaires
Le passage de la vie maritime à la vie terrestre fut entrepris parallèlement par la vie végétale et animale. Ces deux mondes (végétal et animal )constituent les deux grandes branches des multicellulaires. Ils interagissent permanemment entre eux, en l’absence de la vie végétale, il n’y aurait ni développement, ni maintien de la vie animale, puisque la plante pourvoit l’oxygène indispensable à l’animal. Nous nous limiterons à l’étude des métazoaires qui laisse voir deux autres branches principales de l’arbre de la vie : les arthropodes à carapace ou squelette interne et les chordates ou vertébrés. C’est l’intensité du psychisme qui définit ces deux lignées majeures de métazoaires par le développement de l’instinct chez les premiers et de l’intelligence chez les seconds.
Dans une perspective d’anthropogenèse, la seule lignée qui nous intéresse est celle des vertébrés dans laquelle nous observons une cérébralisation croissante des poissons aux mammifères. Et dans les mammifères, le groupe des primates représente un axe assez privilégié de l’évolution et en ceci prime les autres groupes. Jusque là dans les divers rameaux du groupe des primates cet effort de la vie vers la cérébralisation s’arrête plus ou moins tôt, c’est à dire que le psychisme à un certain niveau, n’arrive plus à franchir le seuil de la réflexion excepté chez l’homme en qui seul, la conscience brise la chaine et en qui seul s’exprime la plus haute tendance du phénomène vital.

CHAPITRE II - HOMINISATION : LE PAS DE LA REFLEXION.
D’après le dictionnaire Robert, le mot hominisation semble désigner un ensemble de processus évolutifs, physiques, physiologiques et sociologique qui caractérisent le passage de primate à l’homme. Cette définition aide à comprendre l’hypothèse selon laquelle il y a deux millions d’années la terre était inhabitée pourtant aujourd’hui même les coins reculés comme la Sibérie sont habiter. Selon l’auteur, l’humanité est apparue comme toutes autres espèces existant dans le monde. L’origine de la vie dans la biosphère est une extension sur la terre de la première membrane de matière organisée, sans doute certaines protéines ont rencontré des structures capables d’assimiler une transformation. Cependant, après cette belle théorie de l’auteur, nous pouvons nous demander que s’est-il passé afin qu’une telle métamorphose se produise ? Pourquoi malgré le développement des sciences comme la psychologie, la sociologie, la médecine, les réponses qu’est-ce que l’homme ? D’où vient-il ? Demeurent problématiques. Dans ce contexte de questionnement sur la vraie identité de l’homme, la réflexion anthropologique sur l’hominisation et l’anthropogenèse ou étude de l’origine et de développement de l’homme devient une urgence, voir même une occasion de prise de conscience dans le dialogue avec les autres. Du point de vue de la multiplicité des connaissances sur l’homme, nous risquerons verser dans une curiosité de surface si l’homme lui-même ne s’interroge pas sur son essence et son existence afin de prendre position des problèmes qui l’assaillent sous peine de se perdre lui-même. Ne sommes nous pas en droit de nous demander si l’homme est-il différent de l’animal quand il tue son prochain sans raison, quand il détruit la nature pour le simple plaisir, quand il se révolte devant le bien ou alors l’art, la poésie, la technique, le travail, sa conquête de l’espace font-ils de lui un être spécifique ? Nous trouverons quelques réponses dans le processus d’hominisation qui fera l’objet de notre étude tout en sachant que TEILHARD de Chardin prône l’évolution selon la discontinuité. L’évolution est une théorie qui admet une suite de transformation graduelle assez lente ou formée de changements successifs insensibles. En effet, l’évolution dans la discontinuité ici se trouve dans le fait qu’il admet des mutations d’espèces moins complexes en plus complexes. La discontinuité se situe au niveau de l’hominisation ou seul l’homme arrive au seuil de l’intelligence.
I - Hominisation : une mutation continue.
TEILHARD de Chardin stipule : « le psychisme des autres êtres s’est arrêté c’est à dire leur cérébralisation, mais ce processus à continuer chez l’homme seul. C’est pourquoi il peut à lui seul produire des actes vitaux [...] c’est le psychisme qui donne l’intelligence chez les premiers et l’instinct chez les seconds.»1 Pascal Picq s’oppose donc à TEILHARD dans la mesure où ce qu’on avait cru se manifester uniquement chez les hommes en terme d’adaptation comme la bipédie, l’outil, la chasse, le partage de la nourriture, le rire et autres, les chimpanzés le font aussi. Tout d’abord, nous voulons présenter comment s’est effectué le processus d’hominisation malgré que le point de départ du jaillissement humain nous échappe, nous pouvons néanmoins déterminer indirectement certaines propriétés par l’analyse du rayonnement dans la localisation des modalités morphologiques précises. Ainsi donc, la mutation hominisante se découvre dans les recherches faites de la préhistoire. Eu égard au fait que l’origine humaine échappe à toute expérience, l’homme est assoiffé de connaître sa première intuition, l’origine du langage et de son peuple.
Certains anthropologues évolutionnistes admettent que, le processus d’hominisation s’est opéré conformément à la loi qui s’appelle spéciation (le surgissement des groupes vivants sous forme d’ensembles ramifiés en état de divisions actives). La première espèce qu’il reconnaisse est la classe des préhominiens laquelle nous étudierons.
Ils ont été découverts dans le feuillet pithécanthropien représentant plusieurs espèces pithécanthropes du quaternaire en extrême orient entre 1890 et 1930. il signale que l’homo soloensis est apparu au quaternaire supérieur. Cette espèce a connu des évolutions successives jusquà l’apparition du groupe hominien.
La découverte de choukoutier place l’espèce pithécanthrope dans la classe des hominiens. Cependant, la majorité d’anthropologues ont pensé que l’homme du quaternaire fut inférieur à celui hominien dans sa généralité. Cette illusion sera démontrée par des récentes découvertes africaines démontrant que les fossiles d’extrême orient sont loin d’être un type anatomique universel. En dehors du pithécanthrope, il se dégage un autre biote (ensemble des êtres vivants d’un endroit donné en voie lointaine d’hominisation).
Le rameau australopithèque est un groupe marginal fermé rencontré dans les divers points du globe. Selon les anthropologues Steinheim et de l’homme du néanderthal, il y a eu dérive de ce groupe d’australopithèque laissant une autre espèce plus ramifiée et plus cérébralisée. Pour mieux expliciter le passage des hominiens à l’homo sapiens regardons le schéma de la page 97.
II – l’hominisation : une mutation discontinue
Seul l’homme peut se poser le problème de choses, son être n’est pas celui des choses, le monde humain est plus que le monde des animaux et des choses. Chaque personne est conditionnée par de nombreuses données antérieures qui influencent le présent et déterminent toujours plus notre existence dans notre monde. L’homme n’est pas cependant un pur objet passif de son histoire. S’il est vrai que le devenir historique universel nous assigne une situation particulière, nous pouvons dominer l’histoire d’une manière humaine pour faire d’elle une histoire humaine. Malgré qu’il y ait des chercheurs qui pensent que toute affirmation anthropomorphique au sujet de l’animal lui prête nos sentiments, nos idées, est fausse. Nous ne pouvons que le décrire d’une manière phénoménologique tout en distançant l’auto expérience humaine.
A force d’être homme nous finissons par ne plus voir à juste titre la grandeur du phénomène humain. Si nous considérons les deux derniers millions d’années malgré certaines disparitions il n’y a eu aucune nouveauté en dehors des hominiens. C’est donc une mutation unique en son genre. Elle s’est opérée selon quatre propriétés :
- Une extraordinaire puissance d’expansion qui commence depuis la préhistoire par la fabrication des outils, elle s’étend chez l’homo sapiens
- Une extrême vitesse de différentiation, cette différence se situe au niveau anatomique où toutes les espèces humaines ont connu des mutations. Cependant seul l’homme a connu le processus de céphalisation. Il semble donc que les hominiens ont changé cérébralement, seulement les preuves scientifiques de cette affirmation reste une approximation.
- persistance du pouvoir de germination phylétique
Il se trouve ici tel que décrit par le schéma, les rapports génétiques et structurels de divers types des hominiens identifiés jusqu’à ce jour par la préhistoire connaisse des mutations et laissent jaillir l’homo sapiens.
- coalescence des rameaux.
Jusqu’au préhominien, l’homme partageait le même sort avec les animaux de son espèce mais l’évolution animale s’est opérée sur la ligne des divergences. C’est donc ce régime de différentiation psychique qui crée graduellement au sein de la biosphère la montée de la réflexion.

CHAPITRE III - LE DEPLOIEMENT DE LA NOOSPHERE
L’homme par la réflexion a accaparé le monde. Le Père Teilhard nous montre que comme de la complexification de la matière va aboutir la vie, et de celle de la vie l’homme, de la complexification de la conscience les hommes sont portés au rang d’espèce spéciale, de règne et même de sphère. Il s’agit de la sphère pensante. Cette noosphère est fruit des forces de liaison et de la socialisation dont il faut étudier le développement et les caractéristiques. Pour ce faire, nous ciblerons le peuplement de la terre, et la civilisation d’abord, puis l’individuation et la convergence de la noosphère et enfin l’avenir de celle-ci.
III.1 – Peuplement et civilisation
III.1.1 – peuplement
L’occupation de la terre par les hommes s’est faite par pulsations d’amplitudes croissantes. L’auteur en a relevé trois : la première est l’onde préhominienne dirigée du sud au Nord . Ils connaissent déjà le feu, on pense qu’ils étaient déjà considérablement socialisés d’où leur expansion. La deuxième pulsation est l’onde aurignacienne du paléolithique, évolue de l’Est à l’Ouest. C’est le groupe qui témoigne de l’évolution de l’homosapien. Il couvre presque toute l’Amérique du Sud. Il occupera jusqu’aux régions méridionales du globe, du nord des alpes au pacifique jadis inhabitées. La troisième pulsation est de l’onde néolithique. Par la découverte de l’agriculture et de l’élevage et de leur développement qui exigent une intensité forte de la population et une bonne organisation interne des individus. L’homo sapiens, fort de la disparition graduelle des autres écailles préhominiennes assurera l’avenir de l’hominisation sur la terre. Ce sont alors la naissance de l’agriculture et celle de l’élevage avec leurs exigences qui ont permis le tracé de la noosphère. Il s’agit particulièrement des groupes nord africains, nord européens et sibériens qui se sont sédentarisés permettant ainsi le passage par maturation de l’humanité d’un social diffus à un social désorganisé. Mais ce tracé précaire et épars à cause de l’hétérogénéité des groupes, et la fébrilité de la fabrique du réseau migratoire sera consolidée par la civilisation.
III.1.2 – Civilisation
Selon Auguste Comte, « la civilisation consiste à proprement parler dans le développement de l’esprit humain d’une part, et de l’autre dans le développement de l’action de l’homme sur la nature qui en est sa conséquence »2. Pour étayer son exposé sur la civilisation, le Père évoque le point de vue biologique, par différentiation et par effet d’orthogenèse. Biologiquement la civilisation est la spécialisation zoologique étendue à un groupe humain où l’influence psychique jadis négligeable, prend graduellement et rapidement une part importante dans la ramification du phylum. La civilisation est le processus générateur de cette organisation, c’est pourquoi elle consolide le peuplement. Par rapport aux autres espèces, le psychologique prend progressivement le dessus sur le physiologique et à l’hérédité chromosomique, s’ajoute l’hérédité éducationnelle chez l’homme. Par le fait que l’homme soit par nature éducable il peut facilement conserver et accumulé tous les acquis sociaux et culturels.
Par le fait de différentiation, il faut comprendre que si à l’intérieur de la biosphère pré humaine la distribution des formes de vie s’expliquait en termes d’apparitions et de disparitions, par jeu de force et de résistance. Le groupe humain au contraire devenu interactif en son sein, ajoutent aux opérations élémentaires de pénétration d’élimination et de substitution des combinaisons inter phylétiques.
Effet d’orthogenèse : Etymologiquement, « l’orthogenèse est la dérive fondamentale suivant laquelle l’étoffe de l’univers se comporte à nos yeux comme se déplaçant vers les étapes corpusculaires toujours plus complexes dans leur arrangement matériel et psychologiquement toujours plus intériorisé – dérive directement inscrite (…) chez les vivants supérieurs dans une concentration croissante du système nerveux »3. L’homme s’avance donc vers une plus riche cérébralisation, la lenteur du mouvement et nous laisse croire que cette cérébralisation est arrivée à son point culminant et n’évolue plus. Pourtant l’ordre qu’impose la socialisation à nos jours semble relayer les formes de socialisation primitives.
De ce qui précède rappelons que par la sociabilité, l’agriculture, l’élevage et la cérébralisation progressive les hommes ont engendré des civilisations où nous-mêmes en réalité cette cérébralisation évolutive de l’homme ?
III.2 – Individuation et convergence de l’humanité
Si la réflexion et la sociabilité des hommes les ont rapproché pour former des groupes solides, s’unifiant progressivement, comment comprendre l’individuation dans le groupe humain ?
III.2.1 – Individuation
L’individuation est conçue comme un processus par le quel l’homme en tant que sujet distinct des autres est compréhensible à la lumière du développement historique de l’espèce humaine. Le Père Teilhard de Chardin nous fait comprendre que le développement de l’espèce humaine par corpusculisation évolutive et par jeu d’arrangement ethnico-culturel est la cause même de l’individuation. Pour preuve on observe chez les peuples dits primitifs une co-conscience collective favorisant l’harmonie, telle était la situation de tous les peuples à l’époque prénéolithique. La raison est que le développement du phylum par conservation et développement des acquis conduit à la fortification et au développement des individus. C’est pour s’être assez développé et rendu puissant que l’individu exige plus d’espace pour l’exercice de sa puissance et pour son auto satisfaction. La notion d’espèce décline pour céder le terrain à celle de l’individu. C’est l’époque du 19ème siècle où l’isolement, la liberté et les droits de l’homme sont exaltés. C’est la période démocratique pendant laquelle tout est pour l’individu et l’individu est tout. Cette individuation par isolation peut-elle persister quand se rend plus pressant le resserrement de la planète.
III.2.2 – Convergence
Avec l’individuation du 19ème siècle, l’homme continue à rêver d’un monde où les individus dans leur solitude incommunicable se serviront chacun du progrès de son environnement social pour mieux s’éloigner vers une destination qu’il considère comme la plénitude de son être. La socialisation qui poursuit son chemin vers l’unification des peuples au plan ethnique, économico-technique et psychique le désillusionne rapidement.
Nous observons sur la surface fermée et désormais réduite de la terre un resserrement par reproduction chez les humains. Tout se passe comme si l’espace de vie était réduite face à ce boom démographique ce qui impose en second plan l’organisation économico-technique. La genèse de la biosphère et de la noosphère montre que la loi de la nature stipule qu’en comprimant la matière vitalisée, celle-ci s’organise. Sans pression de corpuscule la vie ne serait pas probablement apparue ni la réflexion encore moins la société humaine. La civilisation de nos jours doit son existence au rapport entre les dimensions de notre être et celle de la planète qui nous habite. En effet c’est par croissance que l’humanité se resserre sur soi. Elle doit se faire de l’espèce vitale et bien organiser ses éléments en usant de son énergie et de son espace parcimonieusement d’où le développement intellectuel qui vise à trouver les moyens scientifiques pour survivre et bien s’organiser. La complexion planétaire provoque le resserrement humain qui lui, provoque des difficultés d’organisation. Ces difficultés provoquent à leur tour le développement du psychisme qui est contraint avec cette unification à la recherche scientifique dans le but d’accroître le rayon d’action des hommes. C’est de cette façon que se décrit le développement de la socialisation qui aboutit à la totalisation de l’humanité de laquelle il faut sans doute ébaucher une interprétation.
- Les forces d’interprétation du mouvement
La compression physico-sociale à laquelle nous sommes soumis a pour résultat final d’échauffer psychiquement les hommes. La crainte de déshumanisation par la forme servile du travail, les troubles dans nos Etats et tous les autres maux qui nous minent sont des craintes exagérées car elles interpellent les hommes à un super regroupement fruit d’une réflexion mure rejoignant ainsi le jeu habituel de corpusculisation vitalisante qui non plus réalise seulement la germination de la conscience réfléchie mais va plus loin en les groupant et les synthétisant. L’homme se trouve bouleversé par le fait que sous l’action graduelle du renfermement d’un monde il soit obligé de coopérer et d’y avancer à l’intérieur. Le malaise naît du changement de la courbe de l’univers qui considéré comme en voie de divergence par espacement vers un monde qui conflue en se renfermant sur lui-même. L’homme depuis le XVIème siècle découvert d’abord la mobilité du cosmos se rassurant ce mouvement le conduirait à une forme de vie supérieure, bernique, que non seulement la cosmogénèse est en son cours mais aussi qu’il tend à se boucler rapidement au-dessus de nous. Il convient que l’homme comprenne que son destin loin de le conduire à la ruine où la vie s’étouffera sur lui, le dirige plutôt vers l’unification de ses forces afin que réunis tous les humains surmontent toutes menaces à leur endroit. Le fait ainsi cerné, il convient de découvrir ses effets.
- Les effets
Nous avons vu que la convergence de l’humanité amène les hommes à développer leur pensée. La Noosphère qui se resserre développe l’énergie libre dont il convient d’entrevoir la gérance. Le père nous fait comprendre que de l’association de la mécanique et de l’entraide entre les hommes s’engendre une énergie libre qui cause le chômage causé directement par la machine. C’est ce chômage qui ouvre l’homme au loisir d’aimer de penser et de créer souligne l’auteur. La responsabilité de l’homme est donc désormais d’orienter cette énergie libre vers la recherche. La convergence du monde a donc pour fruit l’accroissement exponentiel de la recherche qui vise à débarrasser l’homme de toute offuscation de son épanouissement et la croissance de sa liberté d’action. L’auteur définit la recherche comme la forme « native et naturelle revêtue par l’énergie humaine à l’instant critique de la libération. »4 a masure donc que l’humanité se boucle sur elle-même l’homme développe ses pouvoir inventif et créatif. Les hommes tous ensemble sont confrontés au problème de leur environnement social et dans un contexte de machinisme s’occupent plus des activités intellectuelles pour ainsi maîtriser la nature ou même maîtriser sa fonction. Quelle est alors le résultat de la croissance du pouvoir d’action de la noosphère ?
III.3 - Avenir et essor de la noosphère.
Malgré la lenteur de l’évolution cosmique l’on ne saurait parler d’une fixité de l’humanité. Il convient de renoncer à la conception qui soutient qu’avec l’homme et en l’homme la terre a épuisé ses potentialités. Pour cela, il convient de saisir l’évolution comme un fait rebondissant vers la sur cérébralisation, puis examiner l’hypothèse de la fin du monde pour enfin évaluer les possibilités de succès de l’essor de la noosphère.
III.3.1 - L’évolution rebondissante.
Pour saisir le fait d’une évolution rebondissant de l’univers, jetons un coup d’œil rétrospectif sur ce que nous révèle le mouvement de l’univers du passage de la prévie à la vie par complexification de la matière. Pour beaucoup, l’évolution s’arrête avec la naissance du pouvoir psychique de combiner chez les hommes. Pourtant la relation observée entre resserrement planétaire, le dégagement de l’énergie humaine libre, le passage de l’invention privée à la recherche totalisée montre que malgré l’individuation dont rêve certains, l’humanité se converge d’avantage. L’intensification des découvertes scientifiques des techniques des lois de la matière augmente la main mise de l’homme sur la direction de la biogenèse. Tout laisse croire que l’évolution à la quelle nous assistons aujourd’hui n’est pas juste naturelle mais réfléchie et influencée par l’homme lui-même.
III.2.2 - Vers une plus haute cérébralisation.
La cérébralisation collective témoigne de la persistance de l’évolution constante de l’humanité. Par la totalisation que nous impose le resserrement planétaire, il est indubitable malgré sa lenteur que ce processus s’intensifie. Par le rapprochement rendu facile grâce au développement de transports et de la transmission de la pensée entre les humains, le pouvoir psychique des hommes a accru par la mise en commun de leur pouvoir réflexif sur les situations communes qui les préoccupent de telle sorte qu’on puisse envisager légitimement l’existence d’une pensée, d’une substance grise humaine. L’homme ne réfléchit plus seulement sur ce qui lui est externe ou sur son corps mais la révolution consiste en ce qu’il a orienté sa pensée vers elle-même. Désormais l’homme réfléchit sur son intelligence où par cérébralisation collective il s’évertue à compléter et à perfectionner anatomiquement le cerveau de chaque individu par des moyens effectifs. Pour compléter, il use des machines pour arrondir et accroître notre capacité mentale. Perfectionner, on entend aussi bien la mise en usage des neurones mis en réserve dans l’encéphale que stimulation mécanique biologique ou chimique des combinaisons ou complexifications nouvelles. L’homme par son auto cérébralisation est dans ce sens acteur de son auto accomplissement. Ainsi, par prolongement de sa nature, l’homme opère un rebondissement réfléchi de l’évolution.
III.3.3 - Hypothèses sur la limite de la socialisation.
Collectivement d’abord la croissance de la noosphère tend vers une certaine maturité. La caractéristique de ce mouvement serait de produire un état supérieur de réflexion collective traduite par une vision du monde commune qui ramène toute l’humanité à une pensée commune ce qui serait susceptible d’engendrer un arrêt d’évolution et une fin de l’humanité. L’auteur souligne ensuite qu’individuellement, rien ne nous empêche de comprendre que la socialisation par compression aux apparences menaçantes à l’endroit de nos libertés et originalités soit un moyen pris par la nature pour faire de nous des êtres isolés incapables de communiquer réellement entre nous c'est-à-dire entre cœur et entre esprit. L’union différencie et centrifie à la fois. Le spectacle ambigu de la situation de l’homme nous le montre. Même si la totalisation est la suite de l’anthropogenèse, l’isolation des individus s’assimile souvent à l’atteinte de notre intériorité. Depuis l’inauguration de cette totalisation, il est perceptible que c’est plutôt nous affirme l’auteur par effet de personnalisation que nous ressusciterons le sacré du fond de notre égoïsme. C’est voir que le centre de nous même dans la tension vers le point confluent d’une multitude humaine tendue réfléchie et humanisée librement sur elle-même.
Cosmiquement, l’astronomie moderne imagine sans cesse l’existence d’un atome ou serait parti l’univers par extension. La convergence de l’humanité pourrait nous ramener à ce point oméga non plus par expansion physique mais par intériorisation psychique. Si l’humanité se comporte comme un atome, celle-ci doit avoir des qualités qui s’expriment vers un but précis. C’est alors le potentielle de réussite de cet univers qui sera relever en dernière analyse.
III.3.4 - Possibilité de réussite de l’aventure humaine
Si la structure de l’univers ne nous laisse aucune autre possibilité que notre unification, est ce pour autant qu’il faille conclure que cette unification peut être portée au succès sans effort de notre part ? Même si la réponse négative à cette question est évidente par le fait que naturellement toute synthèse implique risque, examinons les conditions internes et externes à remplir pour assurer une unification constructive de l’humanité.
Extérieurement, si toutes richesses et réserves naturelles venaient à manquer à l’homme avant sa maturité, si la substance requise pour stocker et développer nos connaissances et aspirations qui constituent le germe collectif de la noosphère, l’unité du monde et même sa vie serait impossible. La chance de réussir est que la vie sur terre se développe avec une grande marche de manœuvre qu’assurent les prouesses scientifiques pour réserver l’énergie vitale. Pour ce qui est des ressources cérébrales, on respecte avec fierté la façon dont surgissent et se relaient les éléments humains à mesure que progressent les taches humaines.
Les conditions externes quant-à elles concernent l’usage de notre liberté de savoir-faire et de vouloir faire. Notre savoir-faire consiste à agir tout en évitant toute voie qui nous métrait en butte à l’impasse. Il question ici d’éviter toute émancipation susceptible de nous être nocive ; pour cela un travail en équipe suggère l’auteur s’avère nécessaire, car entend souvent dire l’union fait la force mais alors une union qui sait choisir et prévoir. Le vouloir faire pour sa part concerne la volonté qu’a l’humanité de toujours vivre. Ainsi même dans les faillites de nos libertés subsistent et persistent notre raison et notre goût de vivre. C’est dire aux mots de Teilhard de Chardin que « Rien ne saurait apparemment empêcher l’homme-espèce de grandir s’il garde au cœur la passion de croître. » 5 Ainsi formule t-il une hypothèse.
Si le monde dans son vaste mouvement d’évolution n’aboutissait qu’au groupement les uns sur les autres de ses éléments réfléchis, de façon impersonnelle et totalisante, le mouvement de convergence de l’humanité se déferait par dégoût de lui-même car, se réalisant sa propre progression la pousse à l’impasse et n’augure rien de bon. Ainsi pour l’auteur, la noosphère ne subsisterait que si le point oméga dûment évoqué était conçu comme « le point de rencontre entre l’Univers parvenu à limite de centration et un autre centre encore plus profond,- centre self-subsistant et principe absolument ultime, celui-là d’irréversibilité et de personnalisation : le seul véritable oméga… »6 En clair, la noosphère parviendra à la plénitude de son parcours que si son mouvement de convergence le mènerait à l’unité de l’Omega qui subsiste et se suffit à lui tout seul. C’est, conclu l’auteur, sur la science de l’évolution que s’insère le problème de Dieu, moteur collecteur et consolidateur en avant de l’évolution. Dieu est alors l’oméga de qui est parti toute chose et chez qui doit se réunir toute chose dans le monde.
Tout compte fait, cette troisième partie fait mention du déploiement de la noosphère que résument les chapitres 3 et 4 du chef d’œuvre de Teilhard. Il faut retenir que les hommes dotés de la connaissance et à partir des exigences démographiques et techniques de la culture et de l’élevage, fort de brassages ethnique et de la sociabilité ont peuplé rapidement la terre. Peuplement qui est consolidé par la civilisation et qui permet par le psychique et l’éducation, la transmission et le développement des acquis en milieu humain. Ce qui est d’ailleurs impossible chez les autres primates. Plus tard le resserrement planétaire impulsera sans cesse le déploiement de la noosphère vers sa totalisation, une totalisation qui n’a de sens que dans sa rencontre avec Dieu.
CONCLUSION
Parvenu au terme de nos investigations, il était question pour nous avec les lunettes du Père Teilhard de Chardin de savoir si l’homme est une espèce issue d’une lignée supérieure, mieux encore, s’il y a eu entre lui et les autres espèces continuité ou discontinuité, bref quelles sont la place et la valeur de l’homme dans la nature. Nous sommes donc partis du fait que l’homme en tant que première caractéristique de la vie est une partie intégrante de la vie, de ce fait nous ne pouvions étudier l’émergence de l’homme sans avoir évoqué au préalable l’apparition de la vie ; en d’autres termes parler de la noosphère sans convoquer la biosphère. Nous avons vu que la vie provient de la forme que prend la matière à un certain niveau de complexité et (la vie) développant une de ses caractéristiques propres (celle de se ramifier en avançant), donne lieu à un éventail de lignées qui subissent toute la même mutation ; et c’est de l’une d’elles que provient l’espèce humaine. L’apparition de la vie peut aussi donner naissance à d’autres espèces qui continuent à évoluer. Cependant, il peut se produire une bifurcation qui crée une progression de l’espèce tandis que l’autre reste stable. L’homme par exemple, a connu l’évolution psychique de son espèce comparativement aux autres vertébrés avec qui il partage cette faculté mais qui chez ces derniers, s’avérerait limitée. Ce processus cognitif qui caractérise désormais l’homme explique l’avènement dans l’univers d’une nouvelle planète que Teilhard de Chardin appelle dans son œuvre la noosphère ou sphère pensante qui a été développée par le resserrement sur soi de l’espèce vitale. En définitive, La totalisation vers laquelle évolue l’humanité ne peut se consolider et se comprendre que si elle rencontre Dieu qui subsiste et se suffit à lui même.
BIBLIOGRAPHIE
TEILHARD DE CHARDIN Pierre, La place de l’homme dans la nature, Paris, union générale d’éditions, 1956, 183p.
FOULQUIE Paul, Dictionnaire de la langue philosophique, Paris, PUF, 1992, 6ème édition
TABLES DE MATIERES

samedi 10 mai 2008

Le PASTEUR ET LA LUTTE CONTRE LA CORRUPTION AU CAMEROUN




INSTITUT DE PHILOSOPHIE SAINT-JOSEPH-MUKASA
Affilié à l’Université Pontificale Salésienne - Rome
B.P. 185 Yaoundé (Cameroun).


Séminaire de Philosophie Sociale et Politique l’aspect religieux et participation au développement :
Le pasteur et le développemen


Par
Ignace Jonathan EYELE ZOA
et
Charles Dieudonné MBOUDOU



à
M. Paul BIANGMOUA BINZOULI



Année Académique 2007-2008
(Premier semestre)


Plan


INTRODUCTION
I - APPROCHE DEFINITIONNELLE
1 - Le pasteur
2 - La corruption
3 - L’Eglise
4 - La crise
5 - Les mœurs
II-PRESENTATION DU CAMEROUN
1 - Présentation géopolitique
2 - Présentation religieuse et sociale
III-LA CORRUPTION
1 - Manifestations de la corruption
2 - Les conséquences de la corruption
IV-ACTION PASTORALE CONTRE LA CORRUPTION
1 - Justification de la mission du pasteur
a)- Nature et raison d’être de l’Eglise
b)- Exigences de la mission
2 - Action pastorale des évêques dans la lutte contre la corruption
a)- L’enseignement
b)- Les commissions « justice et paix »
c)- L’action culturelle des pasteurs contre la corruption
3- Limites de l’action pastorale
a)- Limites
b)- Propositions
CONLUSION


INTRODUCTION.


Il est devenu monnaie courante de nos jours au Cameroun d’entendre parler de « corruption » aussi bien dans les discours privées, officiels que dans les médias. Ainsi peut-on par exemple lire sur des affiches au bord des routes des slogans tels « stop à la corruption ». L’emploi récurrent de ce terme nécessite dès lors que l’on se penche un tant soit peu sur sa définition. Le constat est d’autant plus amer que ce phénomène se manifeste tant sur les plans individuel, collectif et institutionnel. Plus encore, la corruption semble constituer la principale cause du sous-développement en Afrique et particulièrement au Cameroun. En effet, comment comprendre au regard des nombreuses potentialités humaines, matérielles et culturelles dont regorge le Cameroun, la misère dans laquelle croupit les populations ? Face à toutes les interrogations dont cette gangrène sociale peut susciter et compte tenu du fait que les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes sont aussi les siennes, le pasteur en tant que promoteur du développement harmonieux et intégral de l’homme se sent obliger de prendre position et de proposer des esquisses de solutions pour éradiquer ce fléau.
Dans le cadre de notre travail, nous nous appliquerons particulièrement à montrer le rôle du pasteur dans la lutte contre la corruption considérée comme principale cause du sous-développement au Cameroun. Pour y arriver, nous ferons dans un premier temps une approche définitionnelle de tous les termes centraux que nous utiliserons dans la suite de notre réflexion. Dans un deuxième temps, nous ferons une présentation géopolitique du Cameroun suivie d’une analyse de la corruption en passant par ses manifestations et ses conséquences. Dans un troisième temps, nous exposerons sur le rôle du pasteur en passant par la justification de sa mission, l’historique et l’action de l’Eglise puis nous essayerons de dégager quelques limites qui peuvent entraver cette mission et des suggestions pour l’améliorer.
I - APPROCHE DEFINITIONNELLE.

Au cours de notre réflexion, un certain nombre de termes sera utilisé soit avec récurrence soit analysé en profondeur comme thème de chapitre. Dans le but de rendre leur compréhension plus aisée, nous en donnons une approche définitionnelle suivant les différentes sources.

1 - Le pasteur.

Originaire du latin, le mot pasteur « pastor » c’est-à-dire « paître » désigne un berger. C’est un homme qui garde et fait paître les troupeaux. Selon le dictionnaire PETIT ROBERT, le pasteur est un chef, un conducteur. Dans le langage courant, il représente le guide spirituel d’un groupe ou d’une communauté. Dans son sens religieux, il désigne un ministre du culte, un prêtre, un évêque qui a charge d’âmes.

2 - La corruption.

D’après le dictionnaire LAROUSSE, le terme corruption désigne l’action de corrompre quelqu’un. C’est le fait de soudoyer une personne pour qu’elle agisse contre son désir. Selon le cardinal Christian TUMI, « c’est le fait de donner quelque chose à quelqu’un pour qu’il aille contre un principe [1]». Le catéchisme de l’Eglise Catholique pour sa part en donne les différents aspects. Ainsi, la corruption serait le fait de « retenir injustement des biens prêtés ou des objets perdus, frauder dans le commerce, payer des injustes salaires, hausser des prix en spéculant sur l’ignorance ou la détresse d’autrui, détourner le jugement de ceux qui doivent prendre des décisions selon le droit, la contre façon des chèques et des factures, les dépenses excessives, le gaspillage »[2].

3 - L’Eglise.

Traduit tour à tour de l’hébreux «qâhâl » et du grec « ekklésia », le terme Eglise que nous retrouvons dans le Nouveau Testament désigne l’ « assemblée des croyants » c’est-à-dire ceux qui ont été appelés par Dieu pour former une communauté. D’après l’encyclopédie ENCARTA[3], l’Eglise est une société humaine avec une organisation et des institutions qui la caractérise. En outre ces deux conceptions de l’Eglise, pour les protestants, l’Eglise est la communauté des croyants naissant de la parole de Dieu annoncée et de son accueil par la foi. Pour les catholiques romains et selon le Concile Vatican II, l’Eglise est le « sacrement du salut » c’est-à-dire signe et moyen du salut pour les hommes.
4 - La crise.

D’origine grecque, « krisis » c’est-à-dire « décision », désigne un changement subit, à effets défavorables et souvent décisifs survenus dans le cours normal des choses. D’après le dictionnaire LAROUSSE[4], elle est une période difficile, une situation tendue, une manifestation aiguë d’un trouble physique ou moral. Communément, elle représente l’ensemble des égarements moraux d’une société.

5 - Les mœurs.

Terme d’origine latine, les mœurs « mores » c’est-à-dire « coutumes » désignent les pratiques sociales, usages communs à un groupe, un peuple, une époque. D’après le dictionnaire LAROUSSE, c’est l’ensemble des règles codifiées par la morale sociale.
Ainsi définis, et compte tenu du fait que dans l’étude de tout phénomène, les critères espace-temps sont toujours pris en compte, nous allons dans la suite de notre réflexion procéder à une présentation géopolitique religieuse et sociale du Cameroun.

II-PRESENTATION DU CAMEROUN.

1 - Présentation géopolitique.

Pays d’Afrique centrale, le Cameroun dont la superficie est de 475440 kilomètres carrés a pour capitale politique Yaoundé. République unitaire décentralisée dont la population s’élève au moins à 16 millions d’habitants (avec 50% de moins de 20 ans)[5], ce pays à régime parlementaire avec des instruments (ministères) de démocratie directe, compte l’anglais et le français comme langues officielles (avec 20% d’anglophones dans les provinces du sud-ouest et du nord-ouest et 80% de francophones[6]). De même, le pays compte environ 210 ethnies dont les principales sont : les bantous, les bamoun, les bamilékés, les foulbés, les pygmées qui vivent dans les forêts. Entre sahel et Afrique équatoriale, le Cameroun affiche une diversité de paysages et de climats qui, ajoutée à sa mosaïque d’ethnies, lui valent bien le surnom de «petite Afrique ». Les frontières dessinent un triangle dont la pointe au nord touche le lac Tchad et N’djamena. La base plonge dans le golf de guinée. Sa plus longue frontière est avec le Nigeria, le grand voisin à l’ouest. Au sud, le Cameroun jouxte la Guinée-équatoriale, le Gabon et le Congo Brazzaville. A l’est, le Centrafrique et le Tchad. En dehors de ses frontières, le climat du Cameroun varie du sud au nord. Ainsi nous passons d’un climat équatorial à un climat tropical puis sahélien. Le pays très montagneux culmine au sud-est le mont Cameroun (4100m) qui domine l’océan Atlantique. Riche d’une importante forêt tropicale humide qui abrite une dizaine de parcs et réserves naturelles protège qui protègent une faune et une flore remarquable. Le sol volcanique à l’ouest et au sud-ouest est très fertile et l’hydrologie favorable aux cultures fait du Cameroun un pays essentiellement agricole.

2 - Présentation religieuse et sociale.

Pays de la zone franc, le Cameroun dont l’occupation humaine est avérée depuis le paléolithique connaît en 1841 la première arrivée missionnaire, celle des missionnaires baptistes qui s’installent à Fernando Pô. En 1879 les missionnaires presbytériens arrivent à leur tour et commencent l’évangélisation en pays boulou. En 1890, les premiers missionnaires catholiques (allemand) accostent les rives du wouri et s’installent à Marien Berg (ville de Marie). De nos jours, le Cameroun compte 40%[7] de chrétiens dont 25% de catholiques et 15% de protestants. Les musulmans représentent 20% et sont particulièrement majoritaires au nord et dans les îlots d’ethnies dont les chefs coutumiers sont convertis de longue date, comme à Foumban (province de l’ouest). Les animistes constituent 40% de la population.
Pays essentiellement agricole (avec 40% des exportations, 13% dans le commerce)[8], le Cameroun connaît une croissance de 5% du produit intérieur brut. Toutefois, la moitié de la population vit avec moins d’un dollar par jour car 75% de la main d’œuvre urbaine travaille dans le secteur informel. Les infrastructures routières dont 4300 km de routes goudronnées et 30000 km de pistes de latérite, 1000 km de voies ferrées, 2000 km de voies fluviales, 5 ports)[9] permettent un approvisionnement mutuel entre les 13% de villages et les villes. Toutefois, notons que malgré des efforts de la part du gouvernement de lutter contre la pauvreté et les maladies à travers les campagnes de vaccination, le taux de fécondité est de 4,6% par femme, le taux de mortalité infantile de 88 pour mille et l’espérance de vie de 49 ans pour les femmes, 47 ans pour les hommes et 12% de la population est atteinte par le virus du sida.
Ainsi quoique forêts, montagnes et cascades, biodiversités et sol fertile mais aussi villages sans eau potable, ni électricité, villes surpeuplées et polluées s’entremêlent avec un peuple cultivé, multiethnique et courageux, traditions préservées et ferveur religieuse, au Cameroun, un fléau mine la société : la corruption. Quelles sont ses manifestations ? Quelles sont ses conséquences ? Autant de questions auxquelles nous essayerons de trouver une réponse adéquate à la suite de notre réflexion.



III-LA CORRUPTION.

Reconnue à juste titre comme un « grave problème de morale publique »[10], la corruption au Cameroun est perçue à travers diverses manifestations aux conséquences nombreuses.

1 - Manifestations de la corruption.

Au Cameroun, la corruption se manifeste sous des formes différentes. Ainsi comme forme de corruption la plus onéreuse, nous avons l’attribution des marchés publics. Pour attribuer un marché public au lieu de considérer uniquement le sérieux et la compétence de l’entreprise qui propose ses services, on cherche d’abord à savoir combien elle est prête à verser sous la table, si c’est en plus une entreprise nationale, on cherche à savoir la tribu du directeur et le contrat signé, on s’assure qu’en cas de non livraison, on ne sera jamais poursuivi par la justice.
Comme autre forme de manifestation, nous avons le domaine fiscal et douanier En effet, certains inspecteurs sans scrupules sont souvent prêts à annuler des sommes importantes dues par des entreprises à l’Etat moyennant des bénéfices personnels. Encouragés par ces exemples, d’autres agents de l’Etat se livrent à leur tour à des multiples marchandages. Comme exemple, douaniers et forces de l’ordre extorquent l’argent des usagers au bord des routes, à la sortie des ports et des frontières que ces derniers soient en règle ou non. C’est la loi de l’impunité généralisée qui se manifeste aussi à travers la vente des permis de conduire à des chauffeurs inexpérimentés.
Dans le domaine de l’éducation, les affectations et les nominations du personnel administratif se négocient selon des taux convenus ou sur l’appartenance au même « réseau » que le fonctionnaire en charge. Il va de même pour certains examens officiels et concours soit d’entrée dans les lycées ou des collèges soit dans les grandes écoles.
Dans le domaine de la santé, le personnel médical exige de l’argent avant de regarder un patient. Ainsi, les taux de consultations varient d’un centre de santé à un autre, d’un spécialiste à un autre. En outre, certains agents de santé détournent soit les médicaments des patients, soit ceux destinés au centre de santé pour les revendre à leur bénéfice personnel. Dans ce sillage, même les échantillons gratuits sont l’objet de ce commerce. En dehors de la santé, une autre forme de corruption qui se manifeste au Cameroun est non seulement l’impunité mais aussi l’arbitraire dont le secteur judiciaire fait preuve. En effet, au Cameroun, il est devenu très commode voire normal de retrouver un brigand arrêté quelques heures ou quelques jours avant en circulation ou même de retrouver des personnes innocentes incarcérées. Il suffit juste d’être soit couvert par une personne haut placée ou même de verser au procureur une certaine somme d’argent pour retrouver sa liberté. Plus encore, si on ne veut pas juger une affaire délicate ou bien si les concernés n’ont pas encore versés « la caution », le verdict de l’affaire sera renvoyé de longue date.

2 - Les conséquences de la corruption.

Face à toutes ces différentes manifestations de la corruption dans la société camerounaise, il s’ensuit plusieurs conséquences perceptibles à tous les niveaux et sur toutes les couches de la société.
Comme première conséquence en ce qui concerne l’attribution des marchés, il en résulte que l’on retrouve trop souvent dans les appels d’offre, des aventuriers qui sont non seulement incompétents mais aussi ont pour seule activité, le gaspillage des fonds de l’Etat. Et le résultat n’est observable qu’à travers le nombre de chantier public inachevé et abandonné qui représentent un danger permanent pour les citoyens car ils sont les abris des bandits de grand chemin.
Comme autre conséquence, nous avons dans le secteur fiscal et douanier des pertes énormes de la part de l’Etat car le fait pour les agents d’annuler des grandes sommes d’argents redevables à l’Etat pour des bénéfices personnels, il s’ensuit que ce dernier ne peut plus assumer normalement ses engagements. Résultat, il y a manque d’écoles, de routes, de centres de santé, et c’est l’analphabétisme, c’est même aussi le chômage, la délinquance juvénile, la toxicomanie, la prostitution qui s’installent. Dans le domaine de la sécurité, le fait pour des agents des douanes, de la police, et des agents de transports publics de fermer les yeux sur la circulation des biens et des personnes et même de vendre des permis de conduire à des chauffeurs inexpérimentés, il en résulte que des véhicules en mauvaise état et leurs chauffeurs sont tout bonnement laissé en circulation représentant ainsi un danger permanent pour les usagers de la route. Les cas indicatifs sont ainsi la multitude de panneaux rencontrés au bord des grands axes signalant le nombre de mort de suite d’un accident de circulation.
De plus, dans le domaine de l’éducation, il se passe que, par le fait de l’existence d’un corps enseignant corrompu, les parents et les élèves se mettent à l’approche des examens à la rechercher des réseaux de négociation des épreuves et des diplômes. De même, cette attitude conduit aussi la jeunesse à être convaincue que la réussite est moins dans l’effort et la recherche de l’excellence que dans la capacité d’user de son pouvoir et de son avoir pour gravir des échelles sociales. Il résulte alors, une paresse intellectuelle marquée par la course vers des diplômes étrangers dont les occasions d’obtention sont réputées faciles, un manque de crédibilité des diplômes à l’extérieur, une incompétence dans la prestation des services, un manque de conscience professionnelle.
Dans le domaine de la santé, le fait pour le personnel de santé de vendre ou de détourner des médicaments et de les revendre pour leur bénéfice personnel, il en résulte que les malades deviennent les proies de certains professionnels véreux de la santé. De même, les malades de condition modestes ne peuvent satisfaire leurs exigences médicales et comme ils n’ont pas assez de moyens, ils renvoient à plus tard leur visite et il s’ensuit une mortalité élevée, une espérance de vie en baisse.
Dans le domaine de la justice, le fait que le système judiciaire qui a pour mission de faire régner l’équité, à travers ses juges et ses procureurs, vende les jugements au plus offrant, engendre un manque de foi en la justice. Ainsi, « les palais de justice deviennent des épouvantails pour les justiciables pauvres et sans relation »[11]. De même, les populations qui ont perdues confiance en la justice se font elles-mêmes justice. Conséquences, on assiste à des cas de justice populaire qui remplacent la justice officielle car des camerounais qui ont cesse de voir des bandits arrêtés aussitôt remis en liberté, estiment au mépris de la vie humaine, que la meilleure solution est de tuer ces malfaiteurs sur place. Plus encore, la lutte contre le grand banditisme devient dans nos cités un prétexte à des nouvelles formes de violences qui se manifestent par de nombreuses tortures, de blessures graves et d’assassinats pratiqués sur des personnes ayant dénoncées un malfaiteur ou sur leurs familiers : c’est la loi des règlements de comptes.
En somme, il apparaît que le Cameroun malgré sa situation géopolitique, sociale et religieuse enviable est un pays en proie à un fléau très complexe : la corruption qui constitue un frein énorme à son développement. Face aux nombreux effets dont celle-ci est la cause et compte tenu de la place primordiale du pasteur dans la société, une question s’impose à savoir : Quel rôle ce dernier a-t-il à jouer dans la lutte contre cette gangrène sociale ?

IV-ACTION PASTORALE CONTRE LA CORRUPTION.


L’Eglise Catholique à travers ses pasteurs que sont au premier rang les évêques, scrute partout où elle se trouve dans le monde « les signes des temps » pour déceler les maux qui minent et entravent le plein épanouissement des peuples afin d’y rechercher des solutions appropriées à la lumière de l’Evangile de jésus Christ qu’elle porte et annonce avec joie à tout le genre humain.
En effet, la situation de sous-développement généralisée, de misère matérielle, spirituelle et morale, de précarité où vit la plupart des masses sinon l’ensemble des Etats africains touche profondément les pasteurs qui y perçoivent ainsi un appel pressant à œuvrer au relèvement tous azimuts de leurs frères en détresse. L’un des facteurs prépondérant de cette situation sur lequel ils portent leur effort de lutte est la corruption, gangrène sociale qui affecte toutes les sphères sociales.
Dans le cas du Cameroun, les évêques notamment ont posé un certain nombre d’actions propres à leur qualité de guides du peuple de Dieu et d’éveilleurs des consciences à savoir : L’enseignement (à travers des homélies, des prêches, des lettres, des publications diverses, des catéchèses, des séminaires de formation et d’information, des conférences), la liturgie ( administration des sacrements, des prières…), la mise sur pied et la promotion des structures et œuvres en vue de la promotion harmonieuse de l’homme ( commission justice et paix, œuvres de charité et initiatives de développement). Nous nous proposons dans cette partie, dans un premier temps de justifier, à la lumière des textes du magistère, la mission du pasteur et dans un deuxième temps, nous présenterons quelques actions de l’Eglise et de ses pasteurs dans la lutte contre la corruption ainsi que les limites qui peuvent s’y greffées. Dans un troisième temps, nous donnerons une esquisse de solutions.

1 - Justification de la mission du pasteur.

Pour mieux comprendre l’action de l’Eglise et de ses pasteurs dans la promotion humaine, il importe de connaître d’une part sa nature et d’autre part les exigences missionnaires qui en découlent.

a)- Nature et raison d’être de l’Eglise.

La nature de l’Eglise est perçue à un double niveau : d’une part visible et invisible et d’autre part divin et spirituel. En effet, « le Christ, unique médiateur a établi et sans cesse soutient ici-bas sa sainte Eglise, qui est une communauté de foi, d’espérance et de charité, comme un organisme visible par lequel il répand sur tous la vérité et la grâce [….]. Ainsi, par analogie qui n’est pas sans valeur, elle est comparable au mystère du verbe incarné. De même en effet, que la nature assumée par le verbe divin lui sert d’instrument de salut, instrument vivant et indissolublement uni à lui-même, de même cet organisme ecclésial sert à l’esprit du Christ qui le vivifie en vue de la croissance du corps (cf. Ep 4, 16). […..] C’est elle que Pierre et les autres Apôtres furent chargés par lui de répandre et de guider (cf. Mt 28, 18 s), elle a enfin qu’il établit toujours « colonne et soutien de la vérité » (cf. Tm 3, 15). Cette Eglise constituée et organisée en ce monde comme une communauté, subsiste dans l’Eglise catholique, gouverné par le successeur de Pierre et les évêques en communion avec lui »[12].
Ainsi présentés, l’Eglise et ses pasteurs se veulent des acteurs, des instruments ancrés au cœur des réalités sociales car, le monde qu’ils ont en vue « est celui des hommes, la famille humaine tout entière avec l’univers au sein duquel elle vit. C’est le théâtre où se joue l’histoire du genre humain, le monde marqué par l’effort de l’homme, ses défaites et ses victoires »[13]. Ainsi «communicant aux meilleurs aspirations des hommes et souffrant de les voir insatisfaits, [l’Eglise] désire les aider à atteindre leur plein épanouissement, c’est pourquoi elle leur propose ce qu’elle possède en propre : une vision globale de l’homme et de tout l’homme »[14]. Ce service de l’homme recouvre de nombreuses exigences auxquelles la mission évangélisatrice de l’Eglise doit satisfaire pour atteindre son but.

b)- Exigences de la mission.

Pour s’incarner à l’image de son fondateur Jésus Christ dont elle prolonge l’action, l’Eglise dans son action missionnaire « a le devoir à tout moment, de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Evangile, de telle sorte qu’elle puisse répondre, d’une manière adaptée à chaque génération, aux questions éternelles des hommes sur le sens de la vie présente et future et sur leurs relations réciproques ». Il importe donc de connaître et de comprendre ce monde dans lequel nous vivons, ses attentes, ses aspirations, son caractère. Or un certain nombre de facteurs détériorent la valeur absolue de ces aspirations, ce qui pousse l’Eglise à y porter une sollicitude particulière pour remettre « l’homme debout ». La corruption puisqu’il faut la nommée est répandue dans tous les Etats du monde et sévit avec acuité dans les « pays en voie de développement » dont le Cameroun, où les évêques y multiplient des actions diverses pour l’extirper des mentalités et restaurer dans les consciences le sens de la justice et de la responsabilité.

2 - Action pastorale des évêques dans la lutte contre la corruption.

En tant qu’éminents agents moraux et religieux de la société, les évêques du Cameroun ont mené communément ou individuellement des actions pastorales contre la corruption sous trois axes principaux.

a)- L’enseignement.

Il s’agit ici d’un ensemble de publications (lettres) et de discours (homélies, catéchèses) visant à éveiller et à formuler les consciences au sujet de la corruption. Les cas les plus significatifs ici étant les lettres adressées aux chrétiens et à tous les hommes de bonne volonté sur la corruption. En effet, à plusieurs reprises dans l’histoire de notre pays, notre Eglise s’est exprimée au sujet de la corruption. C’est ainsi qu’en 1977, les évêques de l’actuelle province ecclésiastique de Bamenda avaient écrit une lettre pastorale conjointe sur la corruption, voulant ainsi attirer l’attention de tous sur un phénomène qui commençait à prendre de l’ampleur et qui portait déjà atteinte à plusieurs secteurs de la vie publique. Trois ans plus tard, en 1980, c’était au tour des évêques de l’actuelle province Ecclésiastique de Garoua de faire de même. En 1990, l’épiscopat du Cameroun, en examinant la crise économique qui sévissait dans les pays, avait signalé que la corruption et le vol généralisé des deniers publics dans l’impunité étaient parmi les principales causes de la crise. « […] En cette année du grand jubilé de l’an 2000, au terme d’une réflexion menée depuis plusieurs années, nous évêques du Cameroun, voulons vous adresser cette lettre sur la corruption »[15]. Toutes ces communications font un exposé succinct et détaillé sur le phénomène de corruption (manifestations, causes et conséquences sur le plan social, économique, politique et spirituel), une remise en cause de tous et de chacun dans l’avènement, le maintien et l’éradication de ce fléau. Une suite de moyens pour y remédier de façon notable et une exhortation ne pas céder au fatalisme. Il est aussi noter que toute cette démarche s’opère sous l’éclairage des Saintes Ecritures. Pour appuyer concrètement cet enseignement magistral, l’Eglise a mis sur pied un certain nombre d’organismes dans la promotion de la justice sociale, la démocratie, la bonne gouvernance bref dans le développement harmonieux des hommes et femmes où elle se trouve. Ainsi en est-il de la commission « justice et paix ».

b)- Les commissions « justice et paix ».

La commission pontificale « justice et paix » mise sur pied par le pape Paul VI est un organisme central de l’Eglise chargé de « susciter dans tout le peuple de Dieu la pleine connaissance que les temps actuels réclament de lui de façon à promouvoir le progrès des peuples plus pauvres, à favoriser la justice sociale entre les Nations, à offrir à celles qui sont moins développées une aide telle qu’elle puissent pourvoir elles-mêmes à leur progrès. »[16] Cette commission constituée au niveau des diocèses et des paroisses est le moyen par excellence de mise en œuvre de la doctrine sociale de l’Eglise, à travers l’observation, l’analyse, l’information et la formation des fidèles et des citoyens sur les questions majeurs du pays. Aussi, s’active-t-elle dans la tenue des séminaires, des colloques, des conférences, des débats publics d’une part et d’autre part, dans de nombreuses démarches auprès des différents agents sociaux interpeller en vue de promouvoir, encourager et renforcer la prise de conscience de tous et la nécessité de la justice sociale dans tous les domaines de la vie politique, sociale économique et culturelle.
En 1977 par exemple, lorsque la corruption commençait à s’établir au grand jour, l’abbé Christian TUMI conduisant alors le groupe dénommé « Christian Study Group », tient une conférence publique à Bamenda pour faire une lecture sociopolitique à la lumière de la lettre conjointe des évêques de Bamenda et de Buéa[17].

c)- L’action cultuelle des pasteurs contre la corruption.

L’action cultuelle constitue un autre moment fort significatif dans la croisade pastorale contre la corruption au Cameroun. En effet, ministres de culte, les pasteurs implorent le secours divin à la faveur de certaines circonstances liturgiques éminentes, invitent les fidèles à la prière et à la conversion. Tel est le cas en l’an 2000 à l’occasion du grand jubilé : « En cette année jubilaire, nous invitons le peuple de Dieu qui est au Cameroun à implorer son créateur dans la lutte contre cette gangrène qu’est la corruption. […..] Chacun de nous doit demander à Dieu pardon du fond de son cœur […..] spécialement pour les fautes contre l’honnêteté et la justice. […..] Cette supplication doit être sincère, absolu, avec ferme résolution de ne plus recommencer, avec la grâce de Dieu »[18]. Néanmoins, cette prière qui a été composée par les évêques ne les empêche pas de dénoncer ce fléau. Ainsi le cardinal Christian TUMI affirme que « nous ne pouvons toujours prier, ce qui ne nous empêche pas de dénoncer cet état de fait ancré dans notre culture et dans les mentalités »[19].
Au terme de cette partie consistant à montrer le rôle du pasteur dans la lutte contre la corruption, il apparaît que le pasteur de part ses fonctions (enseigner, gouverner et sanctifier) est l’un des principaux promoteurs du développement humain. Cependant, il reste le pasteur dans sa mission est confronté à divers problèmes qui se constituent comme des limites. Quelles sont ces limites ? Quelles solutions pouvons-nous préconiser pour y remédier.

3- Limites de l’action pastorale.

a)- Limites.

Les insuffisances de l’action pastorale au Cameroun sont marquées à deux niveaux :
D’une part, il est regrettable de constater que dans les paroisses, il règne un climat de clientélisme quant aux services offerts par l’Eglise à ses fidèles. En effet, certains prêtres n’hésitent pas à fermer la porte au nez à celui qui leur propose moins en faveur de celui qui leur propose davantage pour un service équivalent (messe à domicile, messe d’enterrement, exorcisme…) alors que tous sont égaux devant Dieu et que l’Eglise promeut la justice et la protection des « petits ».
Plus encore, certains prêtres ne brillent pas par leur gestion des affaires ecclésiales (détournement des fonds dans les structures scolaires, de développement, des paroisses…)
D’autre part, certains comportements jadis tabous, suite à la dénonciation, acquièrent la légitimité. C’est ainsi que, au bord des routes, il est devenu normal pour un agent de la sécurité publique de raquêter les usagers.
Dans une autre mesure, la persécution de certains pasteurs considérés à tort ou à raison par certains leaders politiques comme subversifs à cause des dénonciations faites et de leur zèle entravent leurs actions
b)- Propositions

Pour donner des chances de succès à leur action de lutte contre la corruption, les pasteurs de l’Eglise doivent s’appliquer à vivre eux-mêmes les enseignements qu’ils prodiguent aux fidèles et à tous ceux à qui ils s’adressent.
En évaluant de façon systématique et objectives les tâches pastorales confiées à ses agents, et en les sanctionnant sans complaisance, l’Eglise (ici la hiérarchie) gagnerait en crédibilité et son message passerait sans nul doute plus facilement dans des cœurs et plus encore dans les comportements sociaux des hommes car, « le monde d’aujourd’hui écoute plus les témoins que les maîtres. »
Il apparaît au terme de ce bref parcours de l’action pastorale au Cameroun, pour l’avènement d’une société juste, paisible et prospère, qu’elle porte sur trois axes principaux : l’enseignement au moyen des lettres, des homélies et autres communications ponctuelles sur le sujet ; l’instauration des commissions « justice et paix » dans l’ensemble des diocèses et des paroisses du pays ; l’activité liturgique au cours de laquelle le peuple de Dieu implore l’aide divine, le jubilé de l’an 2000 en fut une grande occasion.
Cependant cette action connaît quelques limites dues particulièrement au contre témoignage évangélique de certains agents pastoraux qui mériteraient d’être eux aussi convertis pour une meilleure perception du message.

CONCLUSION.


Au terme de notre étude sur le pasteur et la lutte contre la corruption au Cameroun, thème au cours duquel il s’agissait de montrer l’action pastorale pour éradiquer la corruption dans les comportements et les mentalités des camerounais en vue d’un développement harmonieux et de l’établissement d’une société juste et paisible, il apparaît dans un premier temps que la corruption est « le fait de donner quelque chose à quelqu’un pour qu’il aille contre un principe ».
Dans un deuxième temps, il apparaît au terme du parcours de l’action pastorale de lutte contre la corruption au Cameroun, pour l’avènement d’une société juste, paisible et prospère, qu’elle porte sur trois axes principaux : l’enseignement au moyen des lettres, des homélies et autres communications ponctuelles sur le sujet ; la mise sur pied des commissions « justice et paix » dans l’ensemble des diocèses et des paroisses du pays ; l’activité liturgique au cours de laquelle le peuple de Dieu implore l’aide divine, le jubilé de l’an 2000 en fut une grande occasion. Cependant cette action connaît quelques limites dues particulièrement au contre témoignage évangélique de certains agents pastoraux qui mériteraient d’être eux aussi convertis pour une meilleure perception du message.



BIBLIOGRAPHIE.


OUVRAGES

v Paul VI, populorum progressio, Centurion, Paris, 1967, 125p.
v Christian WIYGHANSAÏ SHAAGHAN Cardinal TUMI, les deux régimes politiques d’AHmadou AHIDJO, Paul BIYA et Christian TUMI, prêtre (éclairage), Macacos, Douala, 2006, 184p.


DOCUMENTS ET REVUES

Ø Catéchisme de l’Eglise Catholique, Centurion/ Cerf/ Fleurus-Mame, 1997, 975 p.
Ø Les seize documents conciliaires de Vatican II, sous la direction du R.P Paul Aimé Martin, Fides, Canada, 2004, 715 p.
Ø Lettre pastorale des évêques du Cameroun aux chrétiens et à tous les hommes de bonne volonté sur la corruption, C E N C, Bamenda, Septembre 2000.
Ø L’effort camerounais, n°416 (1380) du 17 au 30 octobre 2007.
Ø Peuples du Monde, n°389 du mois d’Avril 2005.
Table des matières.

INTRODUCTION- 01
I - APPROCHE DEFINITIONNELLE- 2
1 - Le pasteur. 2
2 - La corruption. 2
3 - L’Eglise. 2
4 - La crise. 3
5 - Les mœurs. 3
II-PRESENTATION DU CAMEROUN. 4
1 - Présentation géopolitique. 4
2 - Présentation religieuse et sociale. 4
III-LA CORRUPTION. 6
1 - Manifestations de la corruption. 6
2 - Les conséquences de la corruption. 7
IV-ACTION PASTORALE CONTRE LA CORRUPTION. 9
1 - Justification de la mission du pasteur. 9
a)- Nature et raison d’être de l’Eglise. 10
b)- Exigences de la mission. 10
2 - Action pastorale des évêques dans la lutte contre la corruption. 11
a)- L’enseignement. 11
b)- Les commissions « justice et paix ». 12
c)- L’action culturelle des pasteurs contre la corruption. 13
3- Limites de l’action pastorale. 13
a)- Limites. 13
b)- Propositions. 14
CONLUSION. -------------------------------------------------------------------------------------------15
BIBLIOGRAPHIE. 16
Table des matières. 17



[1] Cardinal Christian TUMI cité par le journal « L’effort Camerounais » n°416(1380), du 17 au 30 octobre 2007.
[2] Catéchisme de l’Eglise catholique n°2409, Centurion/ Cerf/ Fleurus-Mame, 1997.
[3] L’Eglise, Encyclopédie Encarta version [DVD], Microsoft corporation, 2005.
[4] Le Larousse de poche édition mise à jour, 2002.
[5] Peuples du Monde « Cameroun : foi et ferveur joyeuses » n°389 du mois d’Avril 2005, pp 16-17.
[6] Ibidem.
[7] Ibidem.
[8] Peuples du Monde « Cameroun : foi et ferveur joyeuses », n°389 du mois d’Avril 2005, pp16-17.
[9] Ibidem.
[10] M Paul BIYA président de la république du Cameroun cité par L’effort camerounais, n°416 du 17 au 30 Octobre 2007, p 11.
[11] Peuple du Monde « Cameroun : foi et ferveur joyeuse » n°389 du mois d’Avril 2005 pp 16-17.
[12] Constitution dogmatique sur l’Eglise « Lumen Gentium », n° 8 in Les seize documents conciliaires de Vatican II sous la direction du R.P Paul Aimé Martin, Fides, Canada, 2004, pp.30-31.
[13] L’Eglise dans le monde de ce temps « Gaudium et Spes», n°2, Vatican II, les documents conciliaires, p.190.
[14] Paul VI, Populorum Progressio, n°13, Centurion, Paris, 1967, p.67.
[15] Lettre pastorale des évêques du Cameroun aux chrétiens et à tous les hommes de bonne volonté sur la corruption, n°1, C E N C, Bamenda, Septembre 2000, p.2.
[16] Paul VI dans l’encyclique Populorum Progressio, n°5, Centurion, Paris, 1967, p 57.
[17] Cardinal Christian TUMI, les deux régimes politiques d’Ahmadou AHIDJO, de Paul BIYA et Christian TUMI, prêtre (éclairage), Macacos, Douala, 2006, pp 25-27.
[18] Lettre pastorale des évêques du Cameroun sur la corruption, C E N C, 2000, pp 27-28.
[19] Peuples du Monde, n°389, Avril 2005, p 34.